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Je l'ai trop aimée pour ne la point haïr.
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Message(#) Sujet: Je l'ai trop aimée pour ne la point haïr. Lun 16 Mai - 14:20


je l'ai trop aimée pour ne la point haïr.

Elle qui me fut si chère, et qui m'a pu trahir



Date du sujet : Menal 539
Lieu : Parc des Deux-Argents
Moment de la journée : Début de matinée
Conditions météorologiques : Temps clair
Participants : Sohane, Anahita et Qassim (semi PNJ), trois gardes de la maison Messara, la faune habituelle des Deux-Argents
Statut du sujet : Privé
Court résumé : A l'insu d'Assad, Haïm envoie ses neveux, Anahita et Qassim, en promenade hors de l'Aghia sous bonne escorte. C'est là qu'ils retrouvent leur mère, ou plus exactement que leur mère les retrouve.

Je ne souhaite pas une intervention intempestive du maître de jeu dans ce sujet et je suis conscient que ce choix ne sera peut-être pas respecté.




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Message(#) Sujet: Re: Je l'ai trop aimée pour ne la point haïr. Lun 16 Mai - 14:24

Qassim trébuche sur le pavé. Le réflexe qui s'acquiert en mer, sa sœur l'attrape par le coude et le retient de tomber. De biais pour échapper à l'attention de leur escorte, elle lui jette un regard réprobateur. La mine renfrognée, la gamine redresse le menton ; elle montre l'exemple. Alors qu'ils reprennent leur déambulation dans les allées grandioses et sophistiquées d'Alcegrante, ils surveillent leur tenue, leurs manières, et de faire honte, d'aucune façon, ni à leur père ni à cet oncle qu'ils s'ignoraient jusqu'à récemment. Anahita s'est merveilleusement faite à ce curieux protocole. Elle ignore l'essentiel, mais elle observe puis reproduit les postures, l'attitude, les formules, tout le masque. En quelques jours, elle a endossé une robe offerte par Haïm – un assemblage de tissus encombrants qu'elle déteste – et forcé son cadet à boutonner ses manches et son pourpoint, quand même ça les étouffe et ça les empêche de se battre. D'ailleurs, il est interdit de se battre, a-t-elle répété à Qassim. C'est fini, pour l'instant, d'être de petits sauvages, de petits animaux aux dents longues et aux poings serrés. Leur père n'a rien demandé, il n'a dicté aucune consigne, mais les deux enfants ont compris. Il est normal, même obligé, ici, d'être flanqué de trois types en armes qu'ils ne connaissent pas mais dont on a chargé de leur sécurité. C'est une drôle d'idée, qui fait pouffer frère et sœur à chaque fois qu'ils l'évoquent. Pourtant, ils trottinent dans leur accoutrement ridicule, feignant de s'amuser de cette ballade futile. Pour bien des raisons, ils s'ennuient. Mais s'échapper de l'Aghia Triada, c'est l'espoir d'aviser la mer de nouveau. Il a bien fallu ça pour convaincre Qassim d'arrêter de pleurer. Et bien qu'Anahita sache qu'elle ne pourra tenir sa promesse,  c'est une enfant, elle aussi, et elle a besoin d'un espoir qui lui fasse endurer dans le silence toutes les contraintes de cette vie nouvelle et terrifiante.

En s'obstinant méthodiquement à garder les demeures les plus luxueuses dans leur dos, ils ont décliné vers le sud de Camorr. Les rues ont gonflé en silhouettes et en conversations. Le matin s'est affirmé, aussi. Sans en avoir conscience, rien que d'humer la vie et les humeurs plus naturelles des passants, alentours, ils se sont dirigés vers le Parc des Deux-Argents. S'ils attendaient des réticences, comme le franchissement d'une frontière invisible, aucun cuirassé n'a mouflé. Ce n'est pas difficile à comprendre : le chemin est jalonné de soldats froqués de jaune. Un frisson glace la gosse. Une seconde, Qassim serre la paume de sa sœur entre ses doigts. A la vue de tous ces hommes et femmes d'autorité et de violence, quelque chose suggère à Anahita que s'ils n'avaient pas passé les habits – les déguisements – offerts par leur oncle, on les aurait chassés, elle et son frère, à coups de bâton. Car l'indigence monte les allées de verdure, mais elle ne forme que des touches discrètes, dont les tracés esquivent méthodiquement ceux des bien-nés. Et ce n'est pas un exercice complexe de ranger les individus dans une horde plutôt qu'une autre. D'un coup, c'est comme leur frotter du sel sur une plaie à vif. Ce sont de petits menteurs – ça doit se voir. Les gamins se mettent à haïr tous ceux qui vivent et qui respirent sans ressembler à rien d'humain ou qu'ils connaissent. Ils baissent le front et grimpent sur un banc de pierre. La soldure se répand tout autour. Ce triangle de fer et de cuir pue la noblesse et Qassim est incapable de demeurer sur ses fesses. Il veut fuir. Il va le faire. Les mains dans les plis de sa jupe, Anahita aimerait le dissuader, mais elle voudrait, elle aussi, déguerpir. Alors, quand il détale, jeté sur ses chevilles de maraudeur, elle trace un chemin à l'opposée, le plus vite qu'elle le peut dans cet accoutrement. En quelques secondes, ils ont disparu dans les fourrés.

Des voix d'homme gueulent leur nom, mais nul ne les connaît à Camorr. Les passants ne s'attardent pas sur eux, si bien qu'ils ralentissent l'allure, chacun de leur côté, et adopte un air dégagé. Ils savent se fondre dans le décor, obliquer dans un sens, distancer le chasseur, le contourner et, finalement, surprendre sa trajectoire. Selon une ruse qu'ils ont déjà répété cent fois en cent endroits, Anahita est à quelques pas de retrouver son frère lorsqu'elle se fige, les chausses dans le gravier. Les mains de Qassim enlacent une étrangère – une étrangère qu'elle reconnaît. Elle frissonne. Dans cet environnement inconnu et hostile, le détail qui lui est soudain le plus familier n'est autre que sa mère, le fantôme de sa mère.
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Message(#) Sujet: Re: Je l'ai trop aimée pour ne la point haïr. Mar 17 Mai - 23:42

Sohane se fige dans son mouvement quand elle croise la petite silhouette. Le garçonnet s’est stoppé en pleine course et la dévisage de grands yeux identiques aux siens. Ca ne demande que quelques secondes pour qu’il se remette à courir et se jette dans ses bras. Accroupie à sa hauteur, Sohane le serre tout contre elle et plonge son visage dans le cou de son fils. La gorge nouée, elle garde le silence, profitant de cette apparition inopinée. Ca lui laisse le temps de redevenir maitresse de son corps et de son esprit. Dans la cage d’os, le cœur bat à tout rompre comme de vouloir s’en échapper. Elle sent ses bras devenus comme lourds et parcourus de picotements électriques. Les mots lui manquent, alors elle se laisse envahir par le flots d’émotions contradictoires mais terriblement jouissives. Plus loin, elle remarque Anahita qui contemple le spectacle de sa mère enlaçant son frère, comme hébétée. Prudent, la fillette avance à son tour. Là où Qassim ne fait preuve d’aucune retenue, la fillette est précautionneuse. Longtemps, mère et fille s’observent et se détailent dans un silence religieux. Sans jamais qu’Assad n’ait prononcé des mots, les années ont passé et Anahita s’est fait à l’idée de ne plus jamais revoir sa mère. La vérité l’effraie : elle la pensait morte. Les quelques mots sibyllins de son père n’ont jamais contredit sa théorie et elle a appris à vivre avec cette idée. Observer cette femme lui fait l’effet de rencontrer un fantôme tout droit sorti de ses souvenirs brumeux d’enfants. Anahita porte les traits de son père, de ses cheveux bouclés et rebelles, à ses yeux, son sourire. Finalement, la prudence de la fillette se rompt quand enfin elle accepte la réalité : sa mère, bien vivante se tient devant elle. Alors, à son tour, elle se précipite dans l’étreinte. « MAMAN ! » Le cri tord le ventre de Sohane quand elle en perçoit toute les nuances de chagrin. Sohane ressert l’étreinte avec l’espoir secret que jamais cet instant ne se brise, et par les Douze, qu’on la laisse profiter d’une éternité avec ses enfants. Un moment qui dure longtemps, Sohane berce doucement ses deux enfants, jusqu’à ce que les sanglots d’Anahita se tarissent complètement.

Partir était la solution. Aussi douloureuse que cette décision ait été, Sohane le savait et probablement qu’Assad aussi. Partir pour pas se détruire plus, pour sauver ce qui pouvait l’être. Pour empêcher le ressentiment de pourrir les moindres recoins de leur esprit. Partir, pour vivre. Et, depuis ce jour, elle adressait chaque jour une pensée aux deux trésors laissés derrière elle. Jamais son égoïsme ne lui avait tant coûté. Finalement, elle relâche ses bras et prend le temps d’observer ses deux enfants. « Qui vous a habillé comme ça ? rit-elle un peu en pointant leur accoutrement. » Pourtant, sans qu’elle n’en montre rien, son esprit se couvre d’un fin voile obscure. Elle se doute bien de la réponse. Le retour de Don Messera fait encore parler tout le gratin de Camorr et on spécule déjà sur cette bataille à venir pour sauver l’héritage de la famille. Sohane n’ignore rien du retour d’Assad à Camorr et c’est avec soin qu’elle évite depuis les lieux de rencontres possibles. Elle n’aurait pas imaginé que leurs enfants soient aussi en ville. C'est quand elle l'a découvert qu'elle a fait surveiller la villa. L'occasion de ses enfants partants avec une petite escorte en ville était trop belle pour arranger les retrouvailles tant craintes et attendues. « C’est notre oncle, répond Qassim avec la franchise innocente de son âge. Mais j’aime pas du tout. Ca tient chaud et ça gratte. » « Votre oncle ? elle relève l’air de rien. » « On vit chez lui, avec Papa et Tante Chiara, lui répond Anahita. On devait s’habiller comme pour sortir, il a dit Haïm. » « Et, il vous a laissé sortir comme ça dans la ville ? » « Nan ! On s’est sauvé, on a perdu les gardes, rétorque Qassim, de la fierté dans la voix et dans le regard (par Preva, qu’il ressemble à Assad, ainsi !). » Sohane éclate de rire, incapable d’une autre réaction. « Promis, je garde le secret ! Mais, vous allez inquiéter votre père, si on lui apprend que vous êtes en ville et tous seuls, non ? ». Qassim marque une moue boudeuse tandis qu’il réfléchit. « On est avec toi, tranche alors Anahita. C’est bon. » Le visage de Sohane se fend un sourire aussi sincère qu’étincelant. Sa poitrine se soulève et s’affaisse lentement, au rythme du soupir de soulagement qu’elle libère. Il lui semble que ses entrailles sont libérées de ce qui les rongeait inconsciemment depuis des années et que ses poumons retrouvent enfin la vie. Plus que tout, elle se régale de la spontanéité de ses enfants. Elle sait que les questions arriveront, un jour proche ou lointain. Sohane sait qu’ils poseront les questions, mais pour l’instant, elle préfère murer cette idée dans un coin de son esprit et profiter de la joie que Venaportha a placé sur son chemin.

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#0099cc : Anahita
#009933 : Qassim
#669999 : Sohane

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Message(#) Sujet: Re: Je l'ai trop aimée pour ne la point haïr. Mer 25 Mai - 21:07

« Haïm ! » Sur le pont d'un navire, jetée à la figure des mers et dispersée par elles, la voix d'Assad porte loin, déjà. Lancée contre les murs de l'Aghia Triada et sous ses plafonds intouchables, il s'entend gronder jusqu'au fond de ses entrailles. Tout l'illustre de la demeure, son faste et sa prestance, donne du relief à son appel. Il bat le rappel. « Haïm ! » Maintenant qu'il fend le couloir qui conduisait, jadis, aux appartements maternels, un écho se fait en lui, un vague souvenir qui lui agace les intérieurs. Depuis quand n'avait-il pas lancer le nom de son frère ? Peut-il seulement redessiner son visage, même maintenant, après l'avoir revu ? S'il paraissait devant lui, n'aurait-il pas une seconde, ou plusieurs, durant laquelle il chercherait dans ses traits le garçon qu'il a connu et, ne le trouvant pas, ne se troublerait-il pas au point de se sentir trahi, et étranger dans la maison de son enfance ? Quelques fois, Assad s'assombrit quand, au détour d'un couloir ou bien à bas d'un escalier, il aperçoit un jeune garde, un mercenaire entre deux-âges ou un secrétaire apprêté, et il se tient alors si loin de cette silhouette qu'il ne sait plus s'il doit se montrer chaleureux ou distant, hostile ou bienveillant. Si c'est Haïm, la loyauté filiale lui commande d'être emprunté. Si c'est un autre, alors il est libre d'être une brute. Après seulement trois semaines entre ces murs, qui lui reviennent comme l'architecture d'une prison, le prodigieux se méfie continuellement des pierres, des chaises et des rideaux, et il persiste à prendre toutes ses rencontres pour des tentatives d'assassinats dans l'étroitesse des couloirs. Il n'en est rien, pourtant. Regardez-le, cavaler dans un couloir en hurlant après le maître de l'Aghia Triada sans qu'on ne pense à l'interrompre ni l'arrêter. « Qu'y a-t-il ? répond enfin le cadet. » Depuis une ouverture dérobée, le jeune Messara se découvre et rencontre son aîné. Une inquiétude loge dans sa question et elle croît soudain quand il débusque la fureur aux pupilles d'Assad.

« Je ne pensais pas que cela te déplairait, a-t-il prétendu. » Et même s'il lui a attrapé l'épaule, Assad s'est dégagé avec froideur, sinon avec une violence étouffée. « Tu n'as rien le droit de décider pour eux, tu entends ? » Naturellement, Haïm s'est excusé et il a continué longtemps à marmonner qu'il ignorait et qu'il pensait bien faire : enfants, Nour, Assad et lui ne tenaient pas dans l'Aghia, elle n'était jamais assez vaste pour eux. Envoyer Anahita et Qassim dans les rues d'Alcegrante, ce n'était qu'une façon d'agréer à son frère. Et, de toute évidence, il a eu tort. « Laisse-moi te faire accompagner. S'ils ne te protègent pas, convient-il en guettant son sursaut, ils t'aideront à couvrir plus d'endroits. » Assad s'est rangé à cette sagesse et à cette stratégie mais il n'en a rien dit ouvertement. Il s'est seulement fait remettre ses armes et, passant les portes, il n'a pas eu un regard pour Haïm qui, cependant, jetait une demi douzaine d'hommes dans ses pas.

Qassim ne lâche pas sa mère. Il l'agrippe d'autant plus fermement qu'un des hommes de l'escorte paraît tout au bout de l'allée. Le type piétine et cherche, autour, sans que ses yeux ne s'accoutument à la foule qui grossit, se croise et se disperse partout dans le parc. « Vite ! Vite ! » Le jeune garçon entraîne sa mère et sa sœur avec lui. Anahita rit doucement, les mains qui soulèvent les pans de sa robe pour suivre le rythme effréné de son cadet. Elle peut presque sentir les embruns de Port-Prodigue, de la mer de Cuivre, de chez-elle, où que ça se trouve parmi les flots. Elle aimerait que son père soit là, lui aussi. Elle aimerait qu'il la voit, à son tour, et qu'ils partagent un seul et même bonheur, celui d'être tous ensemble. Mais se rendre à ces soldats n'est pas une manière de le trouver. Cela ne peut plus conduire qu'à une sévère punition. Son oncle sera fâché, c'est sûr. Et son père le sera donc ; il semble qu'en permanence il fasse selon les vœux d'Haïm Messara. Si cela déplaît à Anahita, elle sait qu'il y a une raison à cela – une raison que les enfants ignorent car les adultes ne leur disent rien. « Par ici ! glapit Qassim. » Ils sont loin désormais, mais il adore la course, il aime la fuite et cet espèce de jeu qui fait battre son cœur et étouffe ses poumons chaque fois qu'il inspire en même temps qu'il s'esclaffe. Le gamin ignore que ça s'appelle la liberté mais il sait, en revanche, combien il l'aime et combien il aime la partager.

Assad empoigne un type dont le veston est frappé du blason Messara ; il aimerait arracher le M brodé de lierre qui trône sur ce revers. Son emprise s'affermit, plus haut, pèse contre la gorge « Calmez-vous, dit le comparse du prisonnier. Seigneur, je vous en prie. » Il tend la main mais n'ose pas l'obliger ; c'est un maître étranger, mais c'est désormais le sien. « Nous allons les trouver, il assure. Et les Deux-Argents sont très bien gardés. » Il sent la réplique assassine qui veut naître et se redresse aussitôt. « Seigneur, dit-il avec déférence. » Il n'a pas besoin qu'on le lui ordonne pour savoir qu'il peut désormais déguerpir et retrouver les futurs héritiers du titre des Messara.

« C'est papa ? s'étonne tout bas Qassim qui freine dans les graviers. Papa ! il crie. »
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Message(#) Sujet: Re: Je l'ai trop aimée pour ne la point haïr. Ven 27 Mai - 10:55

Naturellement, Sohane attrape la main de Qassim quand il s’élance pour mieux semer les gardes dans les allées du Parc. Le rire d’Anahita provoque en elle un sentiment indéfini. C’est du bonheur, mais Sohane oublié la joie d’entendre ses enfants rire ou se chamailler. Non, en vérité, elle n’a pas oublié, mais elle constate à quel point cette joie anodine lui a manqué. Alors elle répond à l’éclat de rire frais de sa fille. Mais bien sûr, ça ne devait pas durer. Sohane n’appartient pas à ces gens qui peuvent jouir du bonheur sans qu’on lui retire des mains brutalement. Bientôt, ils sont entourés de la milice des Messara, armes à la main. Qassim, qui s'est précipité vers son père en l’apercevant, se fige en pleine course, lance un regard apeuré à Assad, puis à Sohane dans son dos. Anahita, elle, se colle contre sa mère, qui l'enlace de bras qui se veulent protecteurs et le jeune garçon fait demi-tour pour rejoindre le giron maternel. C'est que, pour rejoindre son père, il doit passer le mur de soldats, et que malgré tout son courage, il n'ose pas vraiment s'approcher d'eux, malgré tout son courage, c'est un garçon de six ans, et toute une vie passée sur un bâtiment pirate ne prépare jamais vraiment à une telle démonstration de force. La différence tient en peu de choses : l'équipage de l'Ausilia a la place de la famille dans son cœur quand ces soldats ne sont que des étrangers qui obéissent à leur oncle. Alors il préfère les fuir en courant rejoindre sa mère et sa sœur. Sohane réprime l'instinct qui lui gueule de se saisir de ses lames dissimulées dans les replis de ses vêtements, et à la place, elle hisse Qassim contre elle et garde un bras autour des épaules de sa fille. Elle compte une dizaine de gardes lourdement armés, portant tous les armoiries de la lignée Messara. Et derrière cette ligne se tient Assad. C'est lui qu'elle scrute, la poitrine et l'esprit soufflé par cette apparition. A nouveau, le souffle lui manque. Un moment qui lui semble durer une éternité, ils se confrontent en silence, jusqu’à ce qu’à ce que le capitaine des gardes ne brise prudemment les rangs pour s’avancer vers elle.  « Rendez les gamins, qu’il dit d’une voix ferme. Pas d’connerie. » Le visage de la jeune femme se fend d’un rictus tout sauf joyeux. « Sinon quoi ? elle provoque. »

Zaheer Ajam travaille au service des Messera depuis de nombreuses années et s’est hissé par le mérite et les efforts au rang de capitaine de la milice de la famille. Il a assisté, témoin impuissant, à la ruine minutieuse de la famille et se réjouit du retour d’Assad Messara auprès des siens. Sa loyauté est telle qu’il place une confiance entière et aveugle dans ce maître qu’il ne connait que par les rumeurs et les racontars, et le peu qu’il a perçu ces derniers jours. Alors quand on lui a ordonné de retrouver les gamins disparus, il a pris cette mission à cœur. Mais, à cet instant, posté à quelques pas de la femme qui détient les minots et pour la première fois depuis longtemps durant sa carrière, Zaheer Ajam hésite. Il hésite quand cette femme relève les yeux et les pose sur lui, et que, reflet du sien, le gamin l’observe de pupilles identiques. L’idée de la filiation lui titille l’esprit sans jamais qu’il ne pose vraiment de mots dessus. Puis les enfants ne semblent pas effrayés par cette femme qui les enlace – c’est même tout le contraire. Démuni, il se retourne et consulte son maître du regard, attend les ordres qui tardent trop à venir.

La distraction qu’offre cet homme de main qui avance est parfaite : au moins cela lui permet-il de fuir le regard pesant d’Assad. Sohane se tend : c’est tout son corps qui se prépare au conflit à venir. Car c’est inévitable, bien sûr. « Maman ? demande doucement Anahita, mais dans ce silence figé, sa voix résonne presque trop fort. » La tension est presque palpable et l’enfant est particulièrement mal à l’aise. Souvent, elle a imaginé ses parents se retrouvant, et ses rêves ne ressemblaient en rien à ce conflit suspend, sa mère d’un côté, son père de l’autre et une légion d’hommes armés attendant un ordre pour les séparer. La panique monte en elle, irrépressible. « Maman, il se passe quoi ? elle insiste. » Alors, enfin, Sohane se tourne vers elle, une main qui se perd sur sa joue pour la rassurer. « Rien, mon ange. Je pense que Papa était juste inquiet. N’est-ce pas, Assad ? ».

Elle relève enfin le regard pour affronter franchement l’homme. En vérité, elle le dévisage. Il a si peu changé. Dans une autre vie, un autre moment, Sohane aurait raillé son accoutrement et ses manières. Trop habituée au pirate, elle a oublié le noble. Sûrement que lui aussi, a oublié. « Rappelle tes hommes, Assad. Les enfants vont bien. Et ils sont terrifiés. ».

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Message(#) Sujet: Re: Je l'ai trop aimée pour ne la point haïr. Ven 27 Mai - 13:19

A l'appel de Qassim, Assad fait volte-face, la peur qui lui étreint le ventre. L'enthousiasme et la surprise du môme passent pour de l'alerte. Père et fils se dressent, les yeux qui rivent le regard de l'autre. Assad flaire le danger aussi vivement qu'on renifle la mer, et cherche instinctivement les hommes en armes qui menacent son cadet ou les armes que présentent des hommes à dessein de le faire. Les seuls, pourtant, sont à sa botte. Les Vestes Jaunes ne sont pas même à portée du regard et les promeneurs, mi curieux mi offusqués, passent leur chemin pour faire la bataille grotesque de dix soldats contre une femme et deux enfants. Quel triste spectacle ! Quel horrible spectacle c'est pour le pirate. « Non ! » Assad a vu Qassim se lancer vers lui et, ce faisant, vers la ligne d'hommes aussi infranchissable que l'est un bon rempart. Qu'importe le destinataire de sa protestation (nul ne le prend d'ailleurs pour soi), le garçon renonce avec la précipitation d'un animal auquel on donne la chasse. Il recule, rejoint sa sœur. Assad, qui n'a rien compris de ce qu'il voit pourtant avec la clarté du soleil et la lueur d'une intelligence raisonnable, est alors obligé d'appréhender ce que son crâne a repoussé, rien qu'un moment, l'instant de s'inquiéter, afin de lui donner du temps et de le faire admettre l'inadmissible.

Il ne sait pas ce qu'il imagine. Déjà, ça lui heurte la poitrine aussi violemment que si on le battait au visage. Et puis cette scène n'a aucun sens ! Sohane est à Camorr. Sohane tient Anahita et Qassim. Prisonniers ? Le hasard serait bien curieux (un bien sombre enculé, en fait) de l'avoir ainsi, fortuitement, fichée sur son chemin. Du reste, Sohane élimine scrupuleusement toute notion de hasard. Elle a choisi d'être là et, d'une façon qu'il ignore encore, elle s'est assurée que ses enfants le soient aussi. Vaguement, il suppose une connivence entre son frère et elle. Dans quel but ? Si c'est absurde, il met longtemps à refouler l'idée. Haïm ne connait pas Sohane. Personne ne connaît Sohane et, d'ailleurs, il ne la reconnaît pas non plus. Elle est trop loin... S'il plisse le regard, il la discerne seulement. C'est suffisant. Ce n'est pas seulement qu'ils se sont assez tutoyés, c'est qu'il est impossible qu'Ana et Qassim se pressent ainsi contre quiconque. A l'exception de Chiara, peut-être. Mais Chiara n'est pas là. Il aimerait qu'elle soit là, il aimerait tellement qu'elle le soit, qu'elle le retienne de jeter dix hommes des Messara sur la catin qui lui a brisé le cœur. A son idée de vengeance, il y ajoute désormais l'instrument et le flottement poursuit dans les plaintes de sa fille et les gémissements de son fils. Que se passe-t-il, au juste ? Quand est-ce que tout s'est mis à déconner à ce point ?

« Laissez-les, dit Assad avec des palpitations dans le cœur et les tempes. » Le ton est en-dessous de ce qu'il faut pour se faire obéir. Le capitaine Zaheer Ajam retient ses hommes sans non plus faire l'affront de le faire répéter. Il ne les retire pas non plus. Une intuition subsidiaire lui suggère que son maître craint pour la vie de ses enfants et préfère renoncer à les faire combattre l'étrangère. Zaheer Ajam sait qu'il peut la tuer et, s'il ne peut le peut pas, ils sont assez. « Laissez-les, l'empêche enfin Assad. » Cette fois, il n'ouvre pas d'alternative : il commande. L'instinct commence à lui revenir et il retrouve progressivement la totalité de ses sensations. « Ça va, il temporise pour lui-même. On se connait. » Primo, il préfèrerait que ça ne s'ébruite pas. Néanmoins, le nier provoquerait nécessairement une esclandre et les hommes des Messara, ses hommes, seraient forcés de l'attaquer pour lui reprendre Qassim et Anahita... Quand il imagine la réaction de ses enfants, il est incapable de céder à ses pulsions. Secundo, mieux vaut cette miette de vérité à toute la vérité. Sohane ne fait plus partie de sa vie et, par-dessus tout, elle ne peut pas intégrer la présente. Alors qu'il n'a toujours aucune place parmi les Messara et qu'il ne sait quoi faire de la proposition d'Haïm, la variable Sohane doit rester inconnue de lui, et encore plus de tous les autres.  Il est, par contre, hors de question – et c'est le tertio – qu'il la laisse croire qu'elle peut lui reprendre ses enfants. Alors il traverse le rideau, avec la manière brusque des pirates, et il dit : « Venez. Allez... Venez là. » Il prend soin d'ignorer la femme et il patiente, le temps qu'Anahita décide que c'est son père et qu'elle lui fait confiance, et que Qassim imite sa sœur aînée. Prudent, il leur attrape la main et les ramène à lui. « J'étais inquiet. Et votre oncle sera fâché. Alors vous allez rentrer et lui présenter vos excuses. Et vous n'allez rien dire de tout ça (il ne désigne rien ni personne en particulier tout en désignant quelque chose et quelqu'un que les mômes savent très bien) avant qu'on en ait reparlé. Pas un mot, et j'oublierai peut-être de vous punir. Maintenant, allez-y. » En s'assurant qu'il y a assez d'autorité, Assad les pousse vers Zaheer Ajam et, comme de réaliser qu'il a manqué un détail, il se retourne et attrape Sohane par le bras avant qu'elle ne tente de s'y opposer. Pour n'éveiller les soupçons de personne, il fait obstacle de son corps à la vue de tous les autres et c'est aux billes de l'assassine qu'il consent des vérités : « Dis-leur qu'ils peuvent partir, siffle le pirate entre ses dents. Dis-leur, la presse-t-il plus fort. Ou je te jure, je te jure, que tu ne les reverras jamais. »
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Message(#) Sujet: Re: Je l'ai trop aimée pour ne la point haïr. Sam 28 Mai - 0:37

Impuissante, Sohane observe Anahita se défaire de son étreinte pour rejoindre son père. A son tour, Qassim gigote, désireux de suivre son aînée et elle n’a d’autre choix que de le laisser aller, lui aussi. Son visage n’en montre presque rien, mais il lui semble qu’on vient d'arracher, à nouveau, une partie d’elle. La douleur dans le corps et l’esprit est vive et cuisante et ravage tout sur son passage. L’image d’Assad qui sermonne les enfants –sans trop en faire– la déchire littéralement. Alors qu’elle voudrait lui arracher de nouveau et fuir avec eux, Sohane se fait violence pour rester impassible et ne pas bouger. Ca lui demande un effort incroyable de rester immobile quand Anahita et Qassim obéissent à Assad et s’éloignent vers le capitaine. Oh, ils rechignent bien sûr, et trainent un peu, se retournent pour s’assurer que Sohane n’a pas bougé et qu’elle les observe toujours. De fait, elle ne voit qu’eux, alors même qu’Assad fait toujours barrière de son corps et a conservé son bras serré sans sa poigne. « Lâche-moi, prévient-elle vainement. Lâche-moi ! » La menace, cruelle, tourne en boucle dans son esprit. « Allez-y, se résigne-t-elle alors d’une voix sourde mais suffisamment forte pour qu’ils entendent. » Finalement, les deux petites silhouettes rejoignent la cohorte d’hommes, et d’un mot de Zaheer, ils forment un carré autour des deux enfants pour les escorter jusque chez eux sans risquer qu’ils s’échappent encore. Ne restent que le capitaine et deux autres de ses hommes. Les trois gaillards restent à distance de leur maître, mais suffisamment sur leur garde pour dégainer s’il en donne l’ordre.

Ils ont probablement quitté le parc depuis un long moment quand Sohane sort de cet état figé et recul d'un pas, enfin. Alors seulement, elle braque ses yeux dans ceux d’Assad. Trop confuses et incapable de départager les sentiments qu’elle nourrit envers le pirate, elle conserve un instant le silence et garde pour elle les mots assassins qui lui brûlent la langue. Il faut du temps pour départager la colère du chagrin et de toutes ces choses confuses qu’il fait naître en elle – et ce malgré les années passées. « C’est la dernière fois que tu utilises les enfants contre moi, j’te préviens, feule-t-elle les mâchoires serrées. On peut savoir c’que tu fous là ? ». La mauvaise foi de Sohane est évidente et les sentiments d’Assad à son égard légitimes : c’est quelle qui est partie, le laissant, les laissant, sans rien dire. Mais elle est furieuse, pourtant, après lui, après elle, après cette douleur béante dans sa poitrine, qui la compresse et l’empêche de respirer correctement. Du reste, il est plus facile de le haïr. « Qu’est-ce que t’imaginais ? l’attaque-t-elle alors frontalement ? Tu peux pas supporter que malgré tout, nos enfants m’aiment ? C’est si difficile à tolérer ? » Sohane s’est décidé, elle choisit d’abord la colère avant le reste, parce que c’est plus simple. Alors elle attaque. C’est un animal apeuré et blessé qui mord pour mieux masquer sa terreur – dans le cas présence, la souffrance qui lui torpille les entrailles.
« Tu devrais leur dire de partir, elle désigne d’un geste de la tête les trois gardes encore postés à une distance respectueuse. Si je voulais t’égorger, y s’ront jamais assez rapide pour te sauver, Don Messara. » Le ton ne décide pas s’il menace vraiment.

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Message(#) Sujet: Re: Je l'ai trop aimée pour ne la point haïr. Ven 3 Juin - 10:28

Il se maîtrise difficilement. Si Sohane ne s'accomplit pas, il ne pourra jamais la faire céder. Les années passant, leur naissance faisant, elle s'est toujours montrée plus habile que lui, plus meurtrière surtout. Aussi compétent soit-il à la lame, Assad ne saurait l'empêcher de passer outre sa main, ses épaules, tout son corps et son peu de sang. Tout ce qu'il a contre elle, et qu'il tient fermement, c'est la menace que leurs enfants oublieront qu'elle existe. Un tel pouvoir ne lui appartient guère : alors qu'ils n'avaient rien su de leur terrible génitrice trois ans durant, Qassim et Anahita se sont précipités vers elle et, dorénavant, tout porte à croire qu'ils se seraient battus depuis ses rangs si les soldats des Messara avaient engagé le combat ; la loyauté des petits prodigieux ferait plaisir à leur père si elle ne les retournait contre lui. « Quelle sorte d'ordres tu crois pouvoir me donner ? il siffle entre ses dents. » Pourtant, sur sa commande, il la relâche lentement, une crispation qui l'empêche un moment de refermer ses doigts en un poing. A bonne volonté, il espère – à raison – qu'elle s'exécute de tout aussi bon gré. Il ne lui fera pas non plus le plaisir de lui dégager l'horizon, tandis que la majorité de l'escorte entraîne les deux enfants vers les îles d'Alcegrante et la forteresse familiale qui dissuaderait la plupart des tire-lames. Assad s'en trouve aussitôt soulagé, comme si on n'avait plus cessé de s'en prendre à la chair de sa chair. Que croyait-il, exactement ? Certes pas qu'elle leur ferait du mal, ce serait absurde, et même elle a suffisamment de cœur pour épargner les fruits de son ventre. Alors qu'elle les lui enlèverait, peut-être. Oh, certainement, il est jaloux de la démonstration que Qassim et Ana viennent de réaliser. Si prompts à pardonner l'impardonnable, leur inutile abandon, leur infâme abandon... Il les hait, il les hait autant que sa conscience le supporte, il les hait rien qu'un peu ; assez pour supporter ses autres haines. C'est d'autant plus facile de soutenir le regard de Sohane après leur départ : elle ne se prive plus d'exhumer de sa hargne pour la lui cracher au visage et ils se renvoient les poisons réservés aux anciens amants.

« On peut savoir c’que tu fous là ?
- Je te suggère de changer de ton.
- Qu'est-ce que t'imaginais ?
- Comment... »

Une vague ébauche de la tournure qu'il veut donner à l'évènement, Assad n'a pas le temps de triturer sa colère pour lui donner une forme, une couleur, une odeur. Il est surpris par le ton, et la soudaineté de l'assaut. Il ne le tolère pas, c'est vrai. Il aurait préféré qu'ils aient tout oublié. Qassim était si jeune. Anahita manque de souvenirs pour beaucoup d'autres choses, les fois où il s'attarde pour le constater. Assad imaginait sûrement que les cicatrices qu'il portait à propos de Sohane ne pouvaient être qu'encore plus négligeables pour eux... C'était incroyable et stupide, incroyablement stupide. Qu'à dessein de le supporter, qu'afin de l'oublier, il a du s'en convaincre. Mais la réalité demeure : ils sont aussi marqués qu'il l'est mais leur joie n'emporte pas la sienne. Néanmoins, ce n'est pas son ressentiment qui justifie ses réactions – encore que la brutalité de l'extraction soit entièrement due au dispositif armé qu'Haïm met toujours au service de la lignée des Messara : « Tu n'as pas le droit, c'est tout. » Pas plus qu'elle ne pouvait partir, elle ne peut revenir. Il le refuse. Et si elle peut, il le refuse plus fort. « Cette famille n'est pas quelque chose que tu peux... » Quoi, librement réintégrer ? Tandis que les mots se pressent contre ses lèvres, il se retient. Un instinct supérieur lui suggère qu'il ne doit aucune explication. Elle ne vaut pas même les phrases qu'il faudrait pour la dire. « C'est ça que tu es venue faire ? dit-il après que, hésitant, il recule prudemment. Me tuer et me les prendre ? Qu'est-ce que tu ferais d'eux ? » A présent, il riposte méchamment et les vilaines idées éclatent dans tous les coins. « Tu ne les voulais pas. » Si c'est faux, Assad le tient pour vrai. « Alors va-t'en. » Plutôt que d'ordonner aux hommes des Messara de déguerpir, Assad leur fait signe d'accourir.
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Message(#) Sujet: Re: Je l'ai trop aimée pour ne la point haïr. Ven 3 Juin - 22:15

A la colère encore contrôlée, Sohne s’abandonne lâchement dans celle plus brute et directe. Depuis son cœur, ça se déverse dans ses veines et habite peu à peu tout son corps. Ca pue le vieux conflit qui n’a jamais trouvé de fin. Ca sent les échos de leurs dernières disputes, avant qu’elle ne décide de fuir. Ils ne s’opposaient pas encore à ce sujet, mais déjà, ils sentaient l’un et l’autre les conflits au potentiel meurtrier. Alors, quand Assad ose y jeter les enfants, lui interdire de les voir ou ce qu’elle en sait, Sohane ne retient plus les vannes qui contiennent sa rage. « Cette famille ? relève-t-elle, mauvaise. Mais je n’attends rien, de ta putain de famille. Je ne demande que le bonheur de mes enfants ! Nos enfants, tu te rappelles ? Tu n’as pas plus de droit sur eux que moi. » Mais il n’est pas en reste, et ses arguments, si injustes ! Si faux ! Ses arguments la percutent de plein fouet. Alors elle se tait, relève ses yeux et le contemple en silence, véritablement blessée. Le visage décomposé, elle s’approche pourtant. « Comment… comment peux-tu affirmer ça, elle souffle. Tu sais, pourquoi je suis partie. Pour qu’ils aient la chance d’avoir deux parents vivants, et non pas deux parents qui s’entretuent continuellement… Comment peux-tu même penser que je ne voulais pas d’eux ! On les a attendus, et chéris ! Tu aurais déjà oublié ? »

Si elle a vu Zaheer et ses hommes s’approcher, Sohane ne fait preuve d’aucune hostilité et ne réagit même pas quand ils la désarment et lui entravent les membres. Le visage fermé, elle fixe en silence Don Messara et attend la sentence. « Et maintenant, tu comptes faire quoi ? Tu comptes m’enfermer à jamais ? M’exécuter, peut-être ? Priver Anahita et Qassim de leur mère ? Ils ne te le pardonneront jamais, tu sais. Ils pourraient ne jamais me pardonner, mais c’est mon choix. Si tu me tues, tu les perds à jamais. Et ce serait à toi, de vivre avec. Tu peux ? Tu peux vivre avec un trou béant dans la poitrine, Assad ? Avec un chagrin sans nom qui te compresse la poitrine et te tue à petit feu ? Tu pourrais affronter le regard accusateur de ta fille ? Tu pourrais leur mentir, aussi. Mais, es-tu vraiment capable de vivre avec le mensonge ? Un tel mensonge ? » Contrainte à l’immobilité, Sohane demeure comme paralysée. Libre de ses mouvements, sûrement qu’elle aurait attrapé l’homme au par le col pour le secouer et déverser toute sa bile. « Tu si certain que ça ne m’a jamais rien fait ? Regardes-moi droit dans les yeux, et oses m’affirmer que tu me penses si insensible. REGARDE-MOI ! »

Finalement, ça lui semble vain. Cette dispute et les échos des dernières qui les ont opposées et qui l’ont menées à ce terrible choix l’épuisent. Alors, elle baisse les armes, momentanément. Qu’a-t-elle encore à cacher à Assad ? Faits du même bois, de la même trempe, ils savent et anticipent presque chacune des réactions de l’autre, se complètent comme ils s’opposent : parfaitement. Sohane est fatiguée de ces combats qui ne cessent jamais mais qui resurgissent sans cesse. « Crois ce que tu veux, Assad. Si ça t’aide à vivre, crois ce que tu préfères… » Son regard s’embrase d’une lueur moqueuse teintée d’une pointe de méchanceté. Il peut, s’il veut, enfoncer le couteau dans une plaie déjà béante et triturer les chairs jusqu’à ce qu’elle en crève. Il peut, toujours, sans cesse, invoquer Anahita et Qassim : il gagnera toujours. Mais elle n’est pas en reste. « Après tout, la fuite, toi aussi, tu connais ça… Et pourtant, te revoilà dans cette famille que tu as maudite et évité ta vie durant. » Le sourire, carnassier, s’étale sur les lippes de la mercenaire. En réalité, Sohane en sait trop peu à ce sujet, mais elle a été, une fois dans sa vie, cette gamine abandonnée par un ami, et selon les rumeurs qui ont agitée Camorr à cette période pour qui sait écouter les rumeurs, il a été ce fils qui laissé père et mère, frères et sœurs, pour son confort personnel. Il a été celui qui a fui la patrie et choisit sa propre vie. Et c’est tout ce que ce rictus lui rappelle, en silence.

« Monsieur ? interrompt alors Zaheer, qui décidément voudrait se trouver à mille lieux de cet endroit. Que faisons-nous ? »

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Message(#) Sujet: Re: Je l'ai trop aimée pour ne la point haïr. Dim 5 Juin - 17:17

Il voulait la blesser, et l'écorchure est remarquable. Un rictus lui entaille la lèvre et ses billes satisfaites pourlèchent la colère de Sohane. Désormais, il la scrute avec distance et, comme un dieu qui penche sur le mortel, il a l'air des mordus par la pitié. Tout le temps où elle est incapable de s'arrêter, il n'a qu'à demeurer, qu'à la fixer : l'inextinguible qui affronte l'impavide, le flegme d'Assad la fait passer pour une insane, une folle, une hystérique – en un mot, pour une femme. Car le Parc des Deux-Argents ressemble à son souvenir, est comme il l'a laissé, et grouille de rumeurs et d'oreilles trop curieuses. Sans en avoir l'air, on leur prête une attention parfaitement dérangeante, et inappropriée. Haïm n'aimera pas cela. Haïm détesterait les Vents Fantômes. Le réflexe qui reflue depuis son enfance, Assad ne réalise même pas qu'il se range au côté d'un frère dont il ignore tout, sinon tout l'essentiel, qu'à condition que Sohane lui fasse honte rien que d'exister. En-deçà de sa haine, il se permet encore de la pousser hors de son monde d'une centaine de manières et, à son ire, il verse à présent du mépris. « Tu es pathétique... » Il est forcé de se prononcer quand son escorte réduite empoigne Sohane et la déleste de ses armes. Et, pendant qu'elle délire, pendant qu'il peut à peine supporter de la voir s'agiter, Assad détaille les gestes militaires et l'étreinte que les hommes des Messara referme doucement sur l'assassine. « REGARDE-MOI ! » Sur place, il vacille. Il n'a pas envie d'écouter. Le prodigieux ne s'était pas préparé à l'affronter ; il n'a pas armé sa réplique ; il n'a pas aiguisé sa rage. Ça gît en lui et ça agite ses tripes, mais ça n'accouche que de la peur. Le ressac qui se transforme en vague, et la vague en marée. Plus le temps passe et pire est son angoisse. Savoir que Sohane ne s'en tirera pas indemne, c'est l'unique consolation d'Assad.

« Ne sois pas ridicule, déclare-t-il calmement. » Au regard de Sohane, il ancre le sien. A tous les propos, elle est ridicule. Il n'est pas plus question de l’assassiner que de revenir auprès des Messara. Il n'a cependant jamais l'intention d'en discuter avec elle. Les raisons de son retour, ou plutôt de son escale, à Camorr n'intéressent pas Sohane, toute mère de ses enfants qu'elle soit. Personne ne se soucie d'ailleurs de son avis sur le sujet. Et il n'est pas prolixe sur son berceau et les raisons qu'il a eues de le fuir. Il ne l'a pas assez été pour qu'elle puisse seulement le juger de faire ce qu'il fait et d'être là où il est. Ça lui fend la façade d'un rictus et, plus serein, il prend une dague confisquée des mains du soldat et se tourne vers le capitaine. « Débarquez-la devant n'importe quel bordel, ou confiez-la à une caserne en manque de traîtres. Bref : conduisez-la dans un quartier plus approprié à sa condition. » A sa ceinture de soie, il glisse doucement la lame. « La maison Messara te remercie pour ces présents, il minaude.  Et sois gentille... » D'un geste, il désigne les trois hommes. « Ne les force pas à te forcer. »

Plus tard, Assad fait dire à Zaheer Ajam l'endroit où ses hommes et lui ont vu Sohane pour la dernière fois. Le porte-lame ne pose pas de question et il promet diligemment qu'il ne dira rien à Haïm – c'est faux, et les deux hommes le savent. Mais ça n'a pas d'importance pour le pirate : il dîne et passe une grande partie de la soirée avec son cadet qui, en retour, fait mine de n'être au courant de rien. C'est le jeu camorrien et, même s'il n'entend pas participer, Assad connait ses règles. Il ne s'éclipse donc de l'Aghia Triada qu'au milieu de la nuit, et ses passages sont toujours aussi mal gardés. Il le fera savoir quand il en ira de la sécurité d'Anahita et de Qassim. En attendant, il se laisse tomber du mur d'enceinte dans une tenue nettement moins apprêtée. En rabattant la capuche sur son visage, il sent ses seize ans lui battre le cœur.

« Tu ne refais jamais ça. » Il s'est à peine posé le cul sur un banc de la taverne qu'il presse les mots de s'extirper d'entre ses dents. « Non, non, il l'interrompt sans se découvrir, tu m'écoutes. » Il pourrait difficilement être plus froid, et encore moins plus explicite. « Contrairement à ce que tu crois, tu as perdu des droits sur eux. Écoute-moi ! » Pour abattre la protestation, Assad frappe du poing sur la table et attire l'attention sur eux. Mais ce genre de regards et d'oreilles n'ont pas de conséquence : ces badauds et ces crève-la-faim n'ont aucun pouvoir sur lui. « Tu les as abandonnés, et je me fiche totalement des raisons que tu te trouves pour avoir bonne conscience. Tu les as abandonnés, et tu n'as pas le droit... tu n'as pas du tout le droit, répète son ton tranchant, de leur faire croire que tu pourrais revenir. Jamais. Alors, encore une fois, ne refais jamais ça. »
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Message(#) Sujet: Re: Je l'ai trop aimée pour ne la point haïr. Lun 6 Juin - 21:11

Colère et souffrance – toutes deux dévastatrices – se mêlent et la pétrifient par leur soudaineté mais surtout leur rare cruauté. Sohane conserve un silence blessé, mais c’est tout son corps qui réagit et encaisse l’assaut verbal. Imperceptiblement, elle se tend, et tous ses muscles se contractent violemment. Si sa gorge se noue et laisse à peine passer l’air jusqu’à ses poumons, que sa poitrine se charge d’un poids chaque fois plus lourd et insupportable à chaque souffle, Sohane se maitrise assez pour ne pas laisser un sanglot, de rage ou de chagrin, la secouer. A cet immonde maelström se greffe la terrible sensation de l’humiliation, gratuite et mesquine, et ça lui demande tout son orgueil pour ne pas perdre la face dans cet affrontement stupide et vain. Assad lui rend les intérêts de son propre chagrin, de sa propre colère et de la rancœur accumulée avec le temps : Sohane sait qu’elle lui a brisé le cœur le jour où elle est partie – se tuant elle-même pour moitié. Qu’il s’obstine à s’imaginer être le seul à avoir souffert de la situation s’il préfère, si sa conscience s’en trouve soulagée ! Quel choix avaient-ils vraiment, quand petit à petit, Sohane se fanait de rester à terre lorsque lui renaissait en retrouvant la mer ? Et que dire de ces retrouvailles intenses bien trop souvent teintées des vieilles amertumes et des nouvelles qui alimentaient sans cesse leurs éternelles disputes ? Comment peut-il prétendre que leur bonheur n’était pas qu’une belle illusion ? Quand se sont-ils vraiment plus chéris qui déchirés ? A y penser, les seuls et rares véritables moments de bonheur ont été les naissances d’Anahita et Qassim. Mais Assad l’empêche de s’étendre plus sur ses états intérieurs. L’assassine sursaute violemment à l’ordre qu’il donne à ses hommes, et nul doute que sans leur prodigieux réflexe, elle se serait jetée sur lui. Oubliée, la peine. Étouffé, le chagrin. L’amertume de l’humiliation rallume le brasier de colère brièvement abandonné. Le mépris d’Assad lui fait l’effet d’un venin acide déversé sur une plaie ouverte. Au bout de ses doigts qu’elle plie et déplie avec lenteur, les picotements annoncent l’envie de former le poing et de l’abattre sur le visage d’Assad, de se libérer de cette frustration terrible qui lui ronge les tripes et l’esprit. « Arrête, s’entend-elle pourtant dire d’un ton qui ne choisit pas entre la supplique et la menace. Arrête ça, Assad. » Avec difficulté, elle lutte contre l’emprise des hommes d’armes et son seul réconfort est de remarquer qu’ils ont autant de mal à la maitriser qu’elle en a de se défaire de leur poigne. « Et sois gentille... Ne les force pas à te forcer. » Elle ancre son regard à celui d’Assad, chargé de sombres promesses, et serre la mâchoire pour ne pas lui donner plus de satisfaction encore. Elle résiste, pourtant, et se démène tant que possible pour s’extraire de son escorte forcée.

Les membres engourdis, Sohane est assise à même le sol dans sa geôle crasseuse. Les Vestes Jaunes, lors de leurs rondes, n’ont eu qu’à constater son immobilisme. Le dos appuyé contre le mur froid et légèrement humide, les genoux remontés et collés à sa poitrine, les mains autour, reliées par les fers qu’on lui a passés. L’assassine panse ses plaies et s’appliquer à transformer peine et chagrin dans une colère froide et aiguisée. En l’envoyant dans ce trou, Assad a pulvérisé les derniers remparts de retenues qu’ils restaient à Sohane. Il n’a eu aucun égard, elle n’en aura pas plus. Ils ne peuvent pas la garder indéfiniment, puisque rien ne l’incrimine. Doucement, Sohane se plonge dans ces états qu’elle connait le mieux, laisse les ténèbres couvrir peu à peu son esprit.

La bourse, lourde et sonnante, passe d’une main à une autre, et les silhouettes se séparent en silence. Une partie reste à l’extérieur du poste de garde tandis qu’un autre y entre et se dirige vers la cellule de Sohane. « Debout, t’es libre, il se contente de dire. » Sans plus de précision, sans même rien ajouter, il retire les fers des poignets et la pousse dehors. La petite bande l’attend, appuyé sur le mur, et Sohane les suit en silence. Elle se doute de la finalité de tout ça, et s’impatiente même. Les types la lâchent devant une taverne miteuse, après s’être néanmoins assurés qu’elle s’est bien installée à une table.  Elle n’attend pas longtemps avant qu’une autre silhouette encapuchonnée s’assoit en face d’elle. « Tu ne refais jamais ça. » Elle veut répondre, mais il s’impose. Alors elle l’écoute, ses yeux toujours braqués dans ceux d’Assad. « Tu n'as pas du tout le droit de leur faire croire que tu pourrais revenir. Jamais. Alors, encore une fois, ne refais jamais ça. » D’ordinaire, un sale rictus narquois aurait balafré son visage. Pas cette fois. Sohane se contente de fixer Assad. « Mais ça… ça ne dépend plus ni de toi, ni de moi. Ils ont déjà choisi. Et, ça leur a pas pris beaucoup de temps pour décider, tu sais. » Doucement, elle se lève, et force Assad à se pousser pour s’assoir à ses côtés. Le geste est rapide quand elle attrape l’une des lames du pirate et qu’elle la pointe contre son flanc. Sohane n'est pas bien certaine de ce qu'elle envisage réellement, mais elle cesse de suivre sa raison pour se fier à son instinct. Vu de l’extérieur, la scène est totalement différente, et si on n'y prête pas attention, personne ne pourra remarquer cette femme penchée sur cet homme, qui le menace d'une lame effilée. On ne verra qu'une femme, penchée sur un homme, et chacun tirera ses propres conclusions. « Toi, ne refais jamais ça, feule-t-elle, la bouche directement à l’oreille. Et jamais plus, tu ne les mets entre nous. »

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Message(#) Sujet: Re: Je l'ai trop aimée pour ne la point haïr. Ven 17 Juin - 11:37

Les enfants pardonnent facilement. Cette loyauté filiale enflamme la rancune déjà tenace d'Assad... Qu'Anahita et Qassim se soient précipités dans les bras de Sohane ne fait que renforcer son devoir de la haïr. Forcé de constater que cette détestation lui est inutile lorsqu'il s'agit de la faire déguerpir, elle le protège beaucoup mieux de ses autres souvenirs. Il n'a pas la faiblesse de pardonner et n'a pas plus de loyauté envers les traîtres. Cette leçon avalée comme des lames, il y a trois ans de cela, lui fait grimper un goût de sang sur le palais ; c'est sa joue qu'il mord, et le bord de sa langue, pour ne pas exploser, l'injurier, ou la battre, ou lui ouvrir le ventre entre deux côtes. Le simple fait qu'elle ose lui rétorquer, planter son regard dans le sien, et se couler à côté de lui pour le menacer de sa propre arme, c'est tant d'audace et de bêtise qu'Assad veut la gifler. Pour commencer. « Je crois qu'on s'est pas bien compris... il dit en poussant sur la lame. » Cette proximité le dérange, cependant qu'il ignore comment s'en dégager. S'il craint qu'elle l'assassine ? Certes non. Son inquiétude gît plus bas, là où elle a toujours logé. « Tu n'es pas à Tal Verrar, la prévient-il d'une voix égale. Tu n'es même pas dans les Vents. » Sur lui-même, Assad pivote et, sans prendre de distance, il se tourne vers Sohane. Il empoigne la dague sans serrer. Il ne la lui reprend ni ne lui abandonne. « A Camorr, tu n'es personne – qu'une putain verrarienne, peut-être. (Un méchant rictus lui balafre le bouche.) Orpheline ou mercenaire, tout le monde s'en fiche. Tu n'as pas vu les Vestes Jaunes ? » Ses sentiments sont confus, mais ils sont vifs. Ça suffit à dresser un rempart qui, croit-il, le rendra invincible. « Tu ne peux pas me forcer à faire quoi que ce soit. » Assad n'aime pas ses habits de Messara et, contrairement à ce qu'elle croit, il n'a toujours pour sa famille que de la pitié et pour toute la noblesse que du mépris. Camorr, la sale et l'hypocrite, ne le reconnaît pas de ses enfants et lui ne la reconnaît pas comme d'être sa mère. Il ne lui a pas fallu un jour entier pour ré apprendre ce qu'il a quitté, ou plutôt ce qu'il a fui. Néanmoins, il ne peut dénier le pouvoir que la garce aux pavés de sang lui confère d'être seulement né. Est-il séduit par cette puissance ? Non. Pourrait-il l'être ? Sa fièvre anxieuse repousse constamment la question, qu'elle vienne de toutes les lèvres ou de lui seul. S'ébaucher un avenir est d'autant plus difficile que son passé persiste à le poursuivre. « Si je meurs ce soir, tranche un ton méthodique, insensible, non seulement tu ne les reverras jamais, on trouvera ton corps dans un canal... s'il flotte. Sinon, on mettra quoi, vingt ou trente ans ? » Se débarrasser de Sohane est une chose impossible, y compris quand c'est elle qui le voulait. Et quoi qu'il aurait pu trouver un certain réconfort à la retrouver, un jour, prochain, lointain, elle le débusque au pire de ses moments. « Si tu me blesses, idem. Si tu m'effleures, qui sait ? Si je le décide ? Sûrement. » Le timbre sombre, Assad ne quitte plus Sohane des yeux. D'une certaine manière, il reprend le contrôle de son destin, il se réarme. Il n'est plus surpris qu'elle soit là. Elle l'est, et il doit composer avec. C'est heureux que leurs retrouvailles soient camorriennes. C'est tragique et heureux. « Recule, maintenant. » Ça ne souffre pas la contestation. Prudemment, il relâche la dague. Elle peut la conserver, elle n'est pas exactement à lui – il l'a empruntée à l'un des cabots de son frère. « Commande-nous à boire et dis-moi ce que tu fais à Camorr. » Si ça l'intéresse ? Assad préfère savoir. C'est tout.
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Message(#) Sujet: Re: Je l'ai trop aimée pour ne la point haïr. Sam 25 Juin - 3:36

L’argument de Qassim et Anahita, est, Sohane le découvre, le plus percutant et le plus douloureux. Elle n’hésite pas, pourtant, à le renvoyer à la figure d’Assad – et se hait pour s’adonner à ce petit jeu ridicule. Leurs enfants ne méritent pas ça. Leurs enfants ne doivent jamais, plus jamais se retrouver au milieu de leur conflit. Pour l’heure, Sohane savoure juste pleinement le sentiment de colère qui parcourt visiblement Assad et la rage évidente qu’il ravale. Elle connait ses réactions et sait déchiffrer le moindre tic, la moindre expression, quand bien même voudrait-il le masquer (et il ne le souhaite visiblement pas). Sohane le laisse mener son petit jeu, attraper la lame sans rien en faire, lui non plus, réitérer des menaces qu’elle ne prend plus au sérieux. La voudrait-il morte, elle le serait déjà depuis quelques heures maintenant, et ils ne se retrouveraient pas dans cette situation trop bien connue de chacun d’eux. Les attaques d’Assad, sa méchanceté et son mépris ne la heurtent plus. Elle se contente de le fixer froidement et le laisser débiter sa morgue. Quand enfin, il s’arrête, Sohane lève une main pour retracer les courbes du visage de l’homme, comme jadis elle le faisait. Une autre vie alors, une autre période – révolue à jamais semble-t-il, et quelque part en elle, quelque chose hurle à ce constat. « Arrêtons ne nous mentir… Si voulais retrouver mon cadavre dans le canal, tu n’aurais pas le cul vissé ici. Tu serais déjà en train de me repêcher. Et de chercher quoi dire à Anahita et Qassim. » Le sourire qui fend ses lèvres à cet instant précis n’est ni méchant, ni sardonique. Il est à l’image la tristesse de leur relation, éternellement bloquée dans ces querelles sans fin, sans que jamais ni l’esprit ni l’âme n’y trouvent vraiment un quelconque réconfort. Comme à chaque fois, éternellement, elle se retrouve prise au piège de sentiments confus et antagonistes ; définitivement incompatibles. Quand il s’éloigne, Sohane reste un instant figée, et c’est quand il reprend la parole qu’elle reprend pied dans le monde des vivants. « Recule, maintenant. Commande-nous à boire et dis-moi ce que tu fais à Camorr. » Le ton lui déplait, et les lèvres pincées pour ravaler les mots amers qui lui démangent la langue, Sohane obéit. Elle dépose la dague bien en évidence devant l’homme, se lève et se dirige en silence vers le comptoir, le visage fermé. Quand elle revient, les deux pintes à la main, l’assassine darde ses yeux gris et glaciaux dans ceux d’Assad. Le bras se tend comme pour lui avancer la boisson, mais au dernier moment, elle renverse le contenu sur le visage et la tenue de l’homme. « Va te faire foutre, Assad. J’ai pas de compte à te rendre. Je vis à nouveau ici. Et fait avec. ». Elle abandonne la deuxième chope devant lui, esquisse une référence aussi grossière qu’outrageuse et tourne les talons. Dans sa poitrine, son cœur bat à une vitesse folle tandis qu’elle met la plus grande distance possible entre Assad et elle. Il lui faut du temps pour panser ses plaies, encore vives, et surtout, assimiler le retour de ses enfants dans sa vie. Et celui d’Assad. C’est probablement ce qui blesse le plus son orgueil.

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