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Ne pleure pas, toi que j'aimais : ce qui n'est plus ne fut jamais.
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Message(#) Sujet: Ne pleure pas, toi que j'aimais : ce qui n'est plus ne fut jamais. Ven 27 Mai - 11:21


Ne pleure pas, toi que j'aimais

ce qui n'est plus ne fut jamais.



Date du sujet : Jour de la pénitence, Menal 539
Lieu : Temple de Venaportha
Moment de la journée : Milieu de la matinée
Conditions météorologiques : Nuageux, temps sec
Participants : Tovia, Assad et Haïm Messara (PNJ), des initiés de Venaportha
Statut du sujet : Privé
Court résumé : Seize ans après qu'il a déserté leurs fiançailles, Assad annonce son retour à Tovia. Ils ne s'étaient plus vus et elle le croyait mort.

Je ne souhaite pas une intervention intempestive du maître de jeu dans ce sujet et je suis conscient que ce choix ne sera peut-être pas respecté.




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Message(#) Sujet: Re: Ne pleure pas, toi que j'aimais : ce qui n'est plus ne fut jamais. Ven 27 Mai - 11:25

« Au moins ne pourra-t-elle pas t'assassiner ! se fend le cadet d'un sourire incroyable. » Ça ne console guère Assad. La légèreté d'Haïm, au contraire, exalte ses inquiétudes. A mesure que l'instant se précise, il sent l'abandon le convaincre. C'est tentant, d'être lâche ; à l'époque, il a eu un courage impardonnable mais du courage néanmoins. Aujourd'hui, il se sent l'âme d'un déserteur – le véritable et, par conséquent, le coupable. Il regretterait de fuir, à la différence de l'exil d'il y a seize ans. Alors il dresse le crâne et chasse les plis inexistants de son pourpoint. « Tu es très bien, se moque doucement son frère. Quel monstre penses-tu qu'elle est devenue ? » Le rictus de biais, Assad a quelques idées à soumettre, et les multiples créatures marines qu'il a contemplées, rencontrées, éperonnées, font de terrifiantes associations qui siéraient toutes autant. A son propos, il suinte la crainte et cela à raison. La stratégie est malhabile et, finalement, assez grossière. Du reste, c'est traître et, assurément, cela aussi, elle le grèvera à sa revanche. Ça ne fait que des arguments pour reculer et, parce qu'il le devine, Haïm l'attrape par les épaules. « C'est mieux ainsi, il lui assure en pressant les os dans ses paumes. En trouvant Charif au dîner, tu auras déjà un ennemi, dit-il avec du regret. Tu devrais t'en épargner un de plus. » « Il lui faudra plus d'un jour... » Il en convient brièvement, comme de passer sur un détail. « Elle n'a pas encore appris ton retour. J'ai étouffé la nouvelle. C'est mieux, Haïm répète. C'est mieux si elle n'a pas l'occasion d'apprêter sa rancune. »

Le tour est fort simple. Donna Tovia Messara, comme tous ses pairs dont la noblesse veut demeurer, a le devoir public de célébrer les dieux. Ce n'est pas la cérémonie opportuniste d'un manant, une offrande maladroite ou une piété avec laquelle on transige suivant qu'il pleut ou qu'on a de la fièvre. Il faut qu'on l'y voit entrer et qu'on l'en voit sortir. Peu importe, à vrai dire, qu'elle piétine les carrelages et darde sur les idoles des iris flegmatiques, pourvu qu'on puisse scander dans toute la cité que, cette semaine encore, Donna Messara a honoré les Douze de sa piété et de sa conviction. Depuis longtemps (toujours, il semble), Haïm se prête au même rituel, car c'est là le devoir des mieux-instruits envers les indigents. Et c'est surtout, a-t-il expliqué à Assad, le peu de fois où elle n'est pas accompagnée et où Charif rechigne à l'escorter. Non que le bonhomme soit profane, mais son temps est précieux. Ainsi Assad et elle ne seront-ils pas dérangés à l'occasion de ces éprouvantes retrouvailles et, comme Haïm l'a si justement objecté, elle n'osera pas l'assassiner dans le secret d'un temple, avec la complicité de quelque dieu !

Il passe le seuil. Étranger aux demeures des dieux, Assad hésite. Trois initiés occupent une cavité et ils murmurent avec énergie. Instinctivement, le prodigieux détourne le regard et baisse le crâne – il n'aimerait pas qu'ils le connaissent, découvrent son défaut de visite aux temples. Cependant, parce qu'il s'agit du temple de Venaportha et parce qu'il s'en est trop souvent remis à elle, dans sa bravoure et sa stupidité, Assad n'a pas l'impression de la trahir ou la moquer. Autrement, il lui rendait hommage. Autrement, il lui faisait des offrandes. Heureusement, le jour se prête au vide et dissipe son trouble : les manants se pressent, en ce moment même, à quelques îles de là, sur le Pont noir pour admirer leurs camarades et leurs voleurs lancés au bout d'une corde. L'héritier Messara inspire et il avance. L'endroit est ainsi fait qu'on ne peut y errer : dès lors qu'Assad la cherche, il la trouve. Bientôt, il est là, à son côté et légèrement en retrait. Il l'observe de trois quarts, toute à la dérobée. A vrai dire, il ne parvient pas encore à lever le menton. La bile dans la gorge, les lèvres sèches, il serre les poings et les tient fermes contre ses cuisses. Naturellement, il a préparé quelques phrases. Aucune ne convient. « Donna Messara, il appelle. » Ce n'est qu'un souffle, mais ça lui prend toute sa respiration. Il déglutit. Il cherche bêtement une dague à sa ceinture, mais quelle assurance une arme lui procurerait-elle face à cette fille... cette femme ? « Donna Tovia Messara, il réitère comme on déclame. Enchanté. »
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Message(#) Sujet: Re: Ne pleure pas, toi que j'aimais : ce qui n'est plus ne fut jamais. Ven 27 Mai - 16:45

Il n’y a que quelques rares moments où elle a l’impression de laisser tomber le masque. Bien sûr, elle n’irait jamais jusqu’à prétendre que toute sa vie n’est qu’un tissu de mensonge –ce serait complètement faux. Mais elle n’est peut-être pas aussi simple qu’elle aime bien le laisser penser. En société, on ne brille pas que par son intelligence ; on étincelle de mille couleurs, de mille sourires. Paraître, c'est bien là la clé. Manipuler l'image que les autres ont de soi pour mieux servir ses desseins. Et Tovia y excelle. À défaut de se coltiner les discussions fastidieuses de politique ou de philosophie, les tirades pompeuses d’individus qui le sont tout autant, elle n’a qu’à supporter les rumeurs et racontars des épouses, lesquelles elle peut choisir d’ignorer à sa guise. Et là encore, il serait faux de prétendre qu’elles sont toutes écervelées. Néanmoins, elle apprécie les moments de quiétude au sein du temple. Plus qu’une façon d’entretenir son image, c’est une réelle dévotion qui motive ses visites, bien qu’elle ait été, plus d’une fois, victime de coups du sort qui n’étaient pas à son avantage –et c’est là un euphémisme. Pourtant elle n’a pas réellement le droit de se plaindre. N’est-elle pas là, aujourd’hui, grâce à ces revirements de situation qui lui semblaient si inopportuns ? La voilà à présent Donna Messara, un titre qu’elle n’aurait jamais dû avoir, si tout s’était déroulé selon les plans qu’on avait soigneusement élaborés pour elle.

Toute à ses réflexions, elle ne prête que peu d’attention au bruit des pas qui résonnent derrière elle, jusqu’à s’arrêter tout près. Elle n’a pas l’exclusivité du lieu, après tout. Mais semblerait-il qu’il ne s’agisse pas simplement d’un citoyen venu honorer la déesse, comme elle le fait à l’instant présent. Ou plutôt, comme elle le faisait avant que son nom ne traverse les lèvres de l’importun dans un souffle presque inaudible. La Donna ainsi interpellée peint un sourire serein sur son visage, s’apprête à le congédier d’une quelconque formule polie : elle est occupée, ne le voit-il pas ? Mais quelque chose dans le ton de la voix suspend sa réplique. Les mains jointes devant le corps, elle pivote, dans le murmure ténu du tissu luxueux, d'une couleur bien moins criarde qu'à son habitude. La robe, d'une matière lourde et matte, est d'un gris fer, couleur d'orage, ornée de quelques broderies discrètes de la même couleur. Elle n'a personne à éblouir ici. Et cependant elle n'a négligé aucun détail: la coiffure est élaborée mais sage, les bijoux sont délicats mais bien présents. Il y a cet homme, là, le visage mangé par une sombre barbe, c’est probablement pour cette raison qu’elle peine à le reconnaître malgré l’impression familière. Ou alors, c’est qu’elle refuse inconsciemment d’y croire, ou n’y pense tout simplement pas. Elle le croit mort depuis des années ; à vrai dire, il ne traverse que très rarement ses pensées maintenant, malgré les souvenirs d’enfance que lui rapporte la demeure familiale des Messara. En dépit, même, du fait qu’elle porte son nom à présent. C’est donc sans soupçons aucuns qu’elle lui fait face, sans toutefois se départir de son sourire –c’est qu’elle ne sait pas encore. Le regard ébène détaille les traits de l’étranger, alors qu’elle cherche toujours pourquoi diable lui sont-ils familiers, sans rien trouver. Le temple lui semble un lieu bien curieux pour une rencontre et cependant ça ne suffit pas à lui mettre la puce à l'oreille. Les opportuns saisissent toutes les chances à leur portée ; c'est quelque chose qu'elle comprend aisément. « À qui ai-je l’honneur ? » demande-t-elle d’une voix basse où perce la curiosité. Peut-être ressemble-t-il simplement à l'une de ses connaissances ; peut-être qu'elle l'a déjà aperçu quelque part, sans avoir la chance de le rencontrer véritablement. La pauvre est bien loin de se douter de la vérité, et peut-être est-ce préférable: elle aurait déjà quitté sa présence, si tel avait été le cas.

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Message(#) Sujet: Re: Ne pleure pas, toi que j'aimais : ce qui n'est plus ne fut jamais. Ven 27 Mai - 23:23

Maintenant qu'il est là, Assad n'a plus le choix de reculer, s'écarter, déguerpir. Toute fuite serait grotesque, et il n'a plus ses dix-sept ans pour le porter hors du monde qu'il abhorre... Alors il se tient immobile quand l'intérieur s'ébranle. Pour un courtisan, il se tient à trop peu de distance. Pour un ancien amant, voilà qui est déjà plus raisonnable – du moins si l'on entend l'afficher. Comme il n'est guère un gentilhomme, s'il le sait, elle ne peut l'ignorer et il reste surpris qu'elle ne le chasse pas aussitôt qu'elle le voit. Parce qu'elle ne le reconnaît pas, il s'attend à ce qu'elle lui adresse une remarque désinvolte, ou glaciale, sur la solitude attendue d'une prière ou sur la courtoisie prudente avec laquelle on peut persécuter une femme déjà mariée. Entre ses tempes nauséeuses, il entend Haïm chuchoter que c'est mieux : si elle le reconnaissait, ce serait pire, et il se ronge l'impatience en imaginant la revanche qu'elle lancerait contre lui. Mais à quoi bon, puisque ça n'est l'affaire que d'un sursis ? Il ne pourra pas toujours lui mentir en silence. Sur ses chevilles qui ne font guère que vaciller, il voit, du reste, qu'elle cherche. Elle scrute avec l'air étudié de ceux qui n'en font rien. Cet art, ô combien aristocratique, a toujours échappé à Assad, dont la vue déplorable n'offre aucune chance de débusquer les potins et les farces. Mais il ne se cache pas. Au contraire, il se présente avec une franchise inédite, qu'elle ne lui reconnaîtrait jamais car il ne l'avait pas. Ce constat-là ferait donc tout ce qu'il aurait à dire ?Regarde, je suis devenu meilleur ; cela vous console-t-il, Donna ? Néanmoins, la baronne, elle, ne déplore rien, puisqu'elle lui offre de se présenter ! Il se sent le plus insignifiant de ses flatteurs, et une pointe acide lui chatouille l'estomac à l'idée qu'elle est habituée à toutes les attentions. Curieusement, il est troublé, vexé, que son image n'accroche aucun souvenir. Il ne vaut pas mieux que ça ? Ou peut-être qu'elle se moque, et qu'elle joue de la crainte versée dans ses entrailles ? Assad lui prête trop d'intention, ou trop d'intelligence, de perception. C'est d'autant plus idiot qu'il ne devait s'attendre à rien : de la dévisager, il sait qu'il la connait et ne la connait pas. On change terriblement en seize ans. On n'est plus le même. Et on n'aime plus. « Toutes mes excuses, dit-il avec importance. » Brièvement, il exécute une révérence qui ne ferait pas la moitié de ce qu'exige le decorum d'Alcegrante. Cette maladresse devrait finir d'éclairer la jeune femme sur son identité mais, puisqu'il n'y tient plus, de n'être ni découvert ni soupçonné, il ajoute : « Nous sommes en quelques sortes parents, puisque tu as épousé mon frère. » Un rictus désagréable lui grignote la lèvre – il le mange et l'avale plutôt que de risquer de la provoquer. Néanmoins, il le souhaite : il veut d'autres égards, y compris ceux de sa colère. Et cela commence par l'aveu terrible : « J'ai plus changé que toi, je crois. Je suis plus sale et tu es plus... mariée, il lâche à la croisée de la plaisanterie et de l'amertume. » Elle est plus beaucoup d'autres choses – et des plus importantes. Pour le moment, il ne peut en dresser la liste parce qu'il ne peut focaliser. Effrayé, irrité, avide, il tâche de lire sur un visage qu'il n'avait plus consulté et qu'il ne pensait pas revoir. Au jour où il a pris sa décision, celle de lancer l'Ausilia sur Camorr et de revenir, Assad n'avait pas suffisamment considéré cet instant, et tous les autres qui lui ressemblent et sont si douloureusement pénibles. Mais il est là et, dans sa tentative d'anticiper l'orage, il s'y précipite sans prudence. « Avant toutes choses, tu devrais m'écouter. » Il a peu de temps pour la convaincre et la retenir ; il faut la persuader qu'il mérite une poignée de minutes et une explication. Et ce qu'il a mentalement préparé en venant jusqu'ici ne lui sert définitivement à rien. Même pour la vérité, il n'est pas assuré qu'elle reste. « Je voulais que tu l'apprennes de moi. Et je croyais que tu... » Me reconnaitrais. Savoir qu'il ne vaut pas même cet effort poursuit de l'agacer. « Ne pars pas, s'il te plait. » Instinctivement, il s'est placé de telle sorte qu'il lui barre le chemin. Il suffirait de peu en plus pour alerter n'importe qui... « S'il te plait. »
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Message(#) Sujet: Re: Ne pleure pas, toi que j'aimais : ce qui n'est plus ne fut jamais. Sam 28 Mai - 5:34

Il y a toute une panoplie d’indices, pourtant. De la distance à laquelle il se tient jusqu’à la révérence qu’elle pourrait considérer comme un manque de respect. Mais il y a toujours cette impression de familiarité, qu’elle n’arrive pas à chasser quand bien même les hypothèses abondent. Elle n’est pas en public ; il n’y a pas d’œil indiscret qui s’amusera à colporter des rumeurs à-propos de l’étranger du temple. Du reste, elle sait manipuler les racontars de telle sorte qu’elle en soit avantagée –elle a plusieurs années d’expérience dans le domaine. Mais qui est-il ? Pourquoi son visage lui paraît-il à la fois si familier, et si lointain ? Elle a beau passer en revue toutes les options, la seule qui soit viable est celle qui lui échappe. Mais comment aurait-elle pu s’imaginer que les morts reviendraient à la vie ? Et celui-là en particulier, de surcroît ?

Il ne lui faut que quelques secondes pour comprendre de qui il s’agit. Charif n’a pas assez de frères pour qu’elle puisse se tromper. Tovia se sent blêmir, de quelle émotion elle ne saurait le dire encore. L’incrédulité d’abord, l’impression que tout ça n’est qu’une vaste plaisanterie ; une colère sourde ensuite, d’être prise au dépourvu de façon aussi grossière ;  et enfin la raison, les années de pratique qui reviennent, naturellement. La rage bouillante se transforme en colère froide, et ses mains jointes se délient pour empoigner de chaque côté le tissu épais de la jupe. Le monde lui semble étrangement clair, étrangement tranchant ; et cependant elle ne rêve que d’entourer la gorge d’Assad de ses mains pour que l’air ne puisse plus jamais y entrer. « Oh tu sais, je devais l’être, de toute façon. » Comme si son destin n’avait pas toujours été de se marier. De devenir mère. Unir les deux familles, quelle perspective alléchante ! Peu importe de quelle manière, n’est-ce pas ? Du moment qu’elle épousait un Messara, tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes, selon Tore. « Je devrais t’écouter ? » murmure-t-elle furieusement. « Non Assad. Je ne devrais rien, et surtout pas pour toi. » Plus il ouvre la bouche, plus ce qui en sort la rend furieuse. Il devrait se taire, se taire et lui laisser le temps de digérer la nouvelle, le temps de se faire à l’idée qu’il n’était pas mort, toute ces années –ou peut-être bien qu’il suit là le bon chemin, car s’il n’était pas mort, pourquoi n’a-t-il rien dit ? « Que je l’apprenne de toi » singe-t-elle entre ses dents serrées. Comme si cette insignifiante phrase pouvait justifier quoi que ce soit.  « Je te croyais mort. Tu aurais dû le rester. » Elle refuse. De le voir, de l’écouter, de supporter sa présence ne serait-ce qu’une seule seconde de plus. Et il lui bloque le chemin, le salaud, alors qu’elle le dévisage toujours, insensible à ses suppliques. Elle le dévisage dans l’espoir peut-être de trouver la preuve de quelque mensonge. Mais plus son regard détaille les traits, plus elle doit se rendre à l’évidence : il s’agit bien de lui. Après plus de quinze ans elle peut toujours y voir, ça et là, le gamin qui l’a abandonnée sans avertissement.  « Écarte-toi. Ôte-toi de mon chemin, ou par les Douze, je jure que je vais t’écarter moi-même. »

Et dire qu’elle s’est laissée piéger par un ruse aussi grossière. Elle aurait du l’envoyer paître, quitter les lieux aussitôt. Est-ce qu’Haïm est dans le coup ? Assurément. Il ne lui faut que quelques secondes avant de le déclarer coupable, lui aussi. Cette manigance est probablement de son fait, par ailleurs. Mille pensées tourbillonnent dans son esprit, au risque de l'étourdir. Elle se sent fragile, vulnérable, comme un funambule poussé par le vent -un seul pas de travers, une bourrasque trop forte et elle bascule. Il n'y a que sa colère qui la maintienne debout, et encore. Pourquoi est-il là ? Pourquoi maintenant ? Pourquoi lui parle-t-il ici, de tous lieux ? Ça ne peut rien augurer de bon. Et, elle le sait, si elle veut la réponse à toutes ces interrogations, il lui faudra bien l'écouter. Mais pas maintenant, pas encore. Il y a longtemps qu'elle a été aussi en colère, et l'impression qu'elle a d'être prise au piège ne l'aide en rien à garder son calme. C'est Assad. Vivant, plutôt en forme de ce qu'elle peut en voir. Elle qui vient de le sommer de lui céder le passage n'a toutefois pas bougé d'un pouce. Elle l'assassine du regard à défaut de pouvoir le faire de ses mains : c'est la surprise de le découvrir bien portant, la plaie béante lorsqu'elle comprend qu'elle a volontairement été laissée derrière, toutes ces années. « Charif sait-il que tu es là ? Et Haïm ? » demande-t-elle d'une voix à peine contrôlée. Il lui faut se reprendre. Il lui faut se calmer, et le soustraire à sa vue ne serait pas une mauvaise idée. Elle se retourne donc de nouveau, le regard posé sur une représentation de la Dame aux Deux Visages, les poings serrés. « Je t'écoute » déclare-t-elle simplement, les yeux obstinément fixés devant.

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Message(#) Sujet: Re: Ne pleure pas, toi que j'aimais : ce qui n'est plus ne fut jamais. Ven 3 Juin - 10:31

Le cœur tambourine à ses côtes. Dans la pénombre étudiée du temple, Assad frémit. Il appréhende, une peur, infantile, qu'il n'avait plus connue lovée entre ses poumons et son foie. Dire qu'il s'agit de Tovia – ça lui glace les sangs et puis ça pulvérise quelques certitudes du passé. Comme il est devenu difficile de soutenir ces pupilles qui l'inspectent... Il peine à reconnaître ces billes, qui s'éclairent aux détails familiers et le reconnaissent à leur tour. Naïvement, par revanche, il va jusqu'à se satisfaire qu'elle perde des miettes de sa superbe. Aussi noble soit Donna Messara, dans le berceau et dans l'allure, elle n'a pas d'arsenal pour répondre aux fantômes. Il le comprend aussitôt qu'il la voit s'affairer : sans qu'elle n'esquisse le moindre geste, il voit, elle cherche sa maitrise d'elle, où que cette petite ingénue se soit dissimulée. Une fraction de seconde, le prodigieux est ravi d'un effet qu'il ne voulait même pas. L'orgueil comédien, il aime les oh de surprise de ses spectateurs... et ça dissipe le trac qui lui démange les tripes. Ce tour de passe-passe ne vit qu'un temps, le laps d'une bouffée d'air. Elle le balaie comme on chasserait un domestique dont la tâche est particulièrement désagréable à la vue d'un aristocrate. C'est là l'étincelle qui embrase le timbre et elle ne pourrait le congédier de plus jolie manière, tandis que ça le brûle tellement c'est froid. « Ça ne suffit pas ? il s'entend demander brusquement. » D'abord, elle n'écoute rien. Elle est occupée à le disperser et il se sent aussi misérable qu'il l'est probablement et, cependant qu'il tient bon et demeure, Assad s'observe, comme d'être à l'écart de la scène et d'épier. C'est impossible, et il le sait comme tout type moyennement intelligent. Néanmoins, il dirait que les mots qui affluent à sa bouche le picotent comme de n'être pas les siens. C'est un autre qui agite ses lèvres et qui supporte la souffrance de ces retrouvailles. « Ça ne suffit pas, que je vive ? fait une voix brisée qui monte bien de sa gorge. » Tovia ne le pense pas (n'est-ce pas ?) quand elle affirme qu'il aurait mieux fait d'être mort. Ou de le rester, ce qui est égal. Ce que recouvre exactement ce trait planté dans sa poitrine est compliqué à admettre dans le vif de la joute, alors il s'empare de ce qu'il fait et renouvèle le barrage qu'il érige de son corps. Que fera-t-elle ? En force brute, elle ne peut rien. Un scandale ? Elle serait plus embarrassée que lui. Assad n'attache aucun amour à son honneur et moins encore à sa réputation. C'est l'une des choses qu'il a abandonnées dans son sillage. Ça et son mariage, s'il fallait choisir un exemple. « C'est Haïm qui m'a fait venir, il avoue tant il est préférable de s'engouffrer dans cet interstice qu'elle concède au travers de sa colère. » Il est toujours surpris, sinon sceptique, qu'Haïm ne l'ait pas informée de son intention de le retrouver – si toutefois il était encore vivant. Était-ce parce qu'il craignait que sa loyauté d'épouse l'emporte vers Charif plutôt que lui ? ou par désir de la préserver si d'aventures (et c'était probable) cette quête insensée restait vaine ? Pauvre de réponses, son frère ne serait de toute façon guère fâché qu'il l'admette sans détour. Du reste, ça verse un répit secourable à la conversation : si elle est forcée de diviser sa rancune, elle en a moins pour lui. Ces mathématiques primitives n'ont d'autre but que celui de l'apaiser et ça n'y parvient pas exactement. « Je ne suis en ville que depuis quelques jours, qu'il répond ensuite de Charif de sa voix la plus égale possible. » Il est possible que son frère cadet soit déjà au courant de sa présence à Camorr : un homme tel que lui a certainement des informateurs bien placés, notamment auprès du frère qui lui dispute la survie de l'Aghia. Assad n'a cependant pas été annoncé, si c'est là son interrogation, et, d'ailleurs, ça ne se fait pas à Port-Prodigue. A quoi bon ? Tout se sait et les Vents Fantômes sont ridiculement spartiates comparés à la cité orientale. Mais, cela, Tovia s'en fiche. Que dire, alors ? N'importe quoi, pourvu que cela lui réponde et l'oblige finalement à l'écouter. Assez ironiquement, qu'elle lui préfère son idole aide à ce qu'il se reprenne. Il est salutaire pour les deux qu'ils feignent d'être de pieux camorriens venus chercher la consolation de Venaportha. Ça n'offensera pas la Mère du Hasard. « Je voulais une chance de te parler avant... de vous voir ensemble. » Il juge bon d'écarter temporairement ce que cette perspective éveille en lui. « Lorsqu'Haïm m'a fait chercher, il s'est bien gardé de me dire que tu hantais définitivement la maison Messara. Je ne l'ai appris qu'en arrivant. Eh, quoi ? Je n'allais pas repartir parce que tu existais toujours. » A son côté, Assad se tend. Une part fiévreuse de lui est heureux de voir Tovia. S'il n'avait plus songé à elle, il aime encore le faire.  « Je suis désolé de la façon dont on s'est quittés, il dit. Je t'ai quittée. Mais je suis ravi de la manière dont on se trouve. »
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Message(#) Sujet: Re: Ne pleure pas, toi que j'aimais : ce qui n'est plus ne fut jamais. Sam 18 Juin - 20:48

Il faudrait l’effacer. Le repousser aux abords de sa conscience, là où il ne dérangerait que peu. Il est comme entré de force, en enfonçant les portes, maculant de ses bottes sales le plancher auparavant impeccable. Elle n’a que l’envie pressante de le sortir de là, de le chasser sans plus de considérations. Mais il s’impose, s’avance plus encore. Elle doit le tolérer malgré l’invasion à laquelle il procède. Il envahit d’abord l’espace où elle se trouve –elle pourrait le toucher. Mais, plus encore, il s’incruste dans ses pensées, alors même qu’elle voudrait l’en rayer. Et pourtant elle reste là –elle n’a pas d’autre choix que de l’écouter. Sans nul doute voudra-t-elle se venger pour ça, aussi. En plus de l’abandon, sans un mot, sans une lettre pour la prévenir. Comment peut-il s’imaginer qu’elle soit contente de le revoir ? Ou du moins, qu’elle n’en soit pas fortement contrariée ? Elle ne le désirait pas mort en vérité, et sous la hargne servant à contrecarrer sa surprise il y a bien un peu de soulagement.  Mais elle est Camorrienne, après tout –et les Camorriens ont la mémoire longue.

« Bien entendu » que c’est Haïm. Assad confirme ses soupçons, à la fois à-propos de Charif et du benjamin. Et elle, quel rôle aura-t-elle à jouer dans cette histoire ? Si Haïm ne lui a rien dit, et son mari non plus, c’est que quelque chose se trame. Le retour du fils prodigue n’est certainement pas fortuit, ça au moins elle le sait. Mais en attendant que les pièces du casse-tête se mettent en place, elle ne peut qu’écouter ce que le revenant a à lui dire. Ou du moins essayer, aussi compliqué soit-il de mettre son animosité de côté pour lui laisser la chance de parler sans l’interrompre. Et puis, observant la statue comme si c’est elle qui était faite de chair et d’os, elle  permet à l’importun de s’expliquer –comme si elle avait réellement le pouvoir de décider.

Le timbre de sa voix la projette presque vingt ans auparavant, lorsqu'ils étaient jeunes -bien plus jeunes-, lorsqu'elle ne se doutait pas qu'il finirait par partir sans elle, abandonnant derrière une vie qui ne lui convenait pas. Abandonnant Tovia avec tout le reste, peut-être avec soulagement ? La représentation de la déesse qui lui fait face ne réussit qu'à capter une partie de son attention. La présence d'Assad à ses côtés la trouble bien trop pour que son stratagème ne fonctionne; elle peut détailler à sa guise le visage de pierre, ça ne chasse pas la sensation dérangeante de le savoir aussi près. Ce qu'il dit est raisonnable, bien sûr: il n'allait pas rebrousser chemin ne serait-ce que pour l'épargner. Mais Haïm aurait pu la prévenir, ou Assad, même. L'un et l'autre avaient certainement de très bonnes (à leur sens) raisons de procéder de la sorte, ça ne suffit tout de même pas à l'apaiser. Pas plus que les bêtes excuses qu'il présente en quelques phrases à peine. Malgré le fait qu'il précise bien que la responsabilité soit sienne, c'est loin d'être assez. Il faudrait beaucoup plus, il faudrait qu'il s'aplatisse à ses pieds, qu'il se répande en excuses beaucoup plus élaborées pour qu'elle daigne y accorder un tant soit peu de valeur. L'affront est trop grand, la douleur encore trop présente, ravivée par la soudaine réapparition de celui qui aurait dû devenir son mari. « Tu aurais dû me prévenir. » Ne te retourne pas, Tovia. « On a pensé que c'était de ma faute » déclare-t-elle d'un ton amer. « Que je savais où tu étais. » Accusée de mentir, d'avoir contribué de quelque façon à sa disparition, alors qu'elle était tout aussi perdue que les autres, sinon plus; est-ce qu'il l'a fuie, elle ? « J'espérais ton retour -c'était idiot. Puis je t'ai pleuré -ça l'était aussi. » Elle chasse un insecte invisible, une pensée désagréable d'un geste de la main. C'était stupide, puisqu'il était (et est encore à ce jour) on ne peut plus vivant. « Tu aurais pu me prévenir. M'écrire. Laisser une lettre à ta famille, peu importe ! » Mais semblerait-il qu'il soit beaucoup plus divertissant de s'amuser à ses dépens, d'un lancer de pièce décider de la direction que prendront ses pas. « Si tu avais eu ne serait-ce qu'un minimum de considération, oserai-je dire d'affection, tu m'aurais prévenue de ton départ. Ne serait-ce que pour m'éviter l'incertitude quant à ton sort. » Si incertitude il y avait, elle est maintenant dissipée, puisque la source de ses tourments pendant de si longues années se tient à présent à quelques pas. Et là enfin elle pivote de nouveau vers lui, pour contempler ce visage qu'elle croyait avoir oublié, accrochant le regard autrefois si fréquemment posé sur elle. Qu'a-t-il vécu en son absence ? S'en est-il mieux tiré qu'elle ? « Qu'est-ce que tu espérais, en venant ici ? Qu'est-ce que tu veux ? » qu'on en finisse.

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Message(#) Sujet: Re: Ne pleure pas, toi que j'aimais : ce qui n'est plus ne fut jamais. Sam 25 Juin - 3:35

Le silence passe la parole de la bouche à la bouche. Assad se tend. Le pire serait l'indifférence. L'ancien prince camorrien est trop fougueux pour imaginer observer un tel flegme et se détourner du passé ; Tovia est très différente de lui et elle s'est esquintée, toutes ces années, contre les jeux de cour et contre leur mémoire. Il ne lui en voudrait pas de le quitter, de le nier, de l'injurier. Il y a un millier de choses qu'il prendrait sagement pour tout châtiment, et un autre millier qu'il est disposé à entendre. Et, comme elle l'a écouté sans jamais l'interrompre, Assad est obligé, à son tour, de le faire. C'est un exercice ô combien difficile, puisqu'il a deux ou trois arguments pour chacun de ses mots. A toutes ses attaques, il aimerait objecter. A chaque assaut, dont elle contrôle les inflexions, les sentiments et les effets, le prodigieux résiste avec un silence impassible. De côté, il la scrute, à la recherche de cette fille, de son enfance et son adolescence. En retour, elle accuse le garçon, le jeune homme, qui l'a désertée et jetée en pâture à la rumeur et à l'humiliation. Seriner qu'il est désolé serait fort pauvre mais serait un début et Assad va le faire quand elle se tourne vers lui. Pris sur le fait, une vague glacée lui cavale dans le sang. Ce qu'il espère ? Pire, ce qu'il veut ? Si les raisons de son départ étaient incroyablement égoïstes, la raison de sa présence l'est plus encore. Puisque l'avouer serait d'une bêtise impardonnable, un temps, il ne dit rien. Il ne fait que l'épier, chercher des pupilles aux pupilles comme il serait possible de l'épargner. S'il avait eu la vie, et toute l'éducation, qu'il était censé avoir, auprès d'elle, certainement qu'Assad aurait su quel comportement adopter et quelle manœuvre mettre à profit. Au lieu de quoi il manque d'imagination autant que de courage. Les minutes s'étirent. Elles se font douloureuses. « Dîne avec moi. » Quand les syllabes affluent à sa bouche, Assad n'en revient pas de s'entendre. Il voudrait rattraper les mots et leur donner une autre forme, un autre ton, qu'ils soient à la fois plus sages et plus sensées. Mais c'est désormais impossible, et l'interdit qui, lourd, insoutenable, tombe doucement sur ses traits l'oblige à poursuivre sa pensée, au péril d'étaler plutôt que d'étioler son malheureux forfait. « Une soirée, quelques heures, et je te raconterai tout. » Son vœu devient impossible. « Tout ce que je pourrai, il rectifie lentement. » Devinant, dans la pénombre confuse du temple, les protestations qu'il va essuyer, Assad plie un genou, puis l'autre, et quand il est tout à fait aux pieds de Tovia Messara, il lève le regard vers elle. « Je t'en supplie, d'accord ? Je ne le mérite pas et tu n'as aucune raison de me l'accorder... mais je t'en supplie. Au nom de la considération et de l'affection que tu as eues pour moi. » En son for intérieur, il sait qu'elle vaut mieux que lui et il espère qu'elle saura s'en souvenir. Au service de sa tactique, il espère manipuler et son orgueil et son mépris. Il se fige bien que Tovia le dédaigne plus encore – depuis le fond de son gouffre, il ne discerne plus réellement la moindre lumière. « Et si tu n'entends rien qui apaise ta colère et ta haine envers moi, je n'insisterais pas. Devant Venaportha, je le jure. » En une statue recroquevillée, il se ramasse. Assad n'a pour lui que l'embarras qu'il peut attirer sur Donna Messara, à se prosterner ainsi devant elle et à la vue de tous. Il souhaite précipiter sa réponse, la forcer. Ce qu'il y risque vaut bien ce qu'il n'a pas – sans avoir rien à perdre, il ne peut que la rallier ou demeurer dans l'état où il est arrivé. « Je n'ai que cela à t'offrir : la vérité. Si tu me dis que tu n'en veux pas, je ne te croirai pas. S'il te plait... »
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Message(#) Sujet: Re: Ne pleure pas, toi que j'aimais : ce qui n'est plus ne fut jamais. Mer 6 Juil - 1:49

Les minutes se font longues. Interminables. Et Assad ne dit rien. Désespérément muet, il la regarde comme s’il pouvait trouver une solution au noir de ses iris, alors que c’est lui qui doit posséder la réponse. Il est là pour quelque chose –il ne serait pas revenu après vingt ans s'il n'avait pas une excellente raison, qu'elle souhaite découvrir le plus rapidement possible afin qu'il reparte. Mais les minutes passent et le silence de son interlocuteur se fait particulièrement éloquent : quoi que ce soit, ça ne plaira pas à Donna Messara et il le sait parfaitement. C’est de mal en pis ; plus il ouvre la bouche (et même lorsqu’il ne le fait pas), et plus elle a envie de l’abandonner sur place, de se libérer de sa présence à la dague, s’il le faut. Mais les douces pensées de vengeance sont interrompues par Assad et ses mots qui n’ont aucun sens. Ils sont très simples, ces trois petits mots, mais tellement incongrus qu'elle ne sait pas comment réagir. Est-il sérieux ? Il ne peut pas l’être. Sait-il seulement de quoi ça aurait l’air ? De ce qu’on racontera ? Et Charif, qu’en pensera-t-il ? S’il est ici, c’est pour avoir une occasion de lui parler alors que son mari n’est pas là. N'est-ce pas ?

L’étonnement se mue rapidement en irritation. Il est presque étranger à toutes ces convenances, et quelque part elle ne peut pas entièrement lui en tenir rigueur ; elle s’est laissée modeler par toutes ces contraintes qu’il déteste, et probablement qu’elle est devenue, par la force des choses, ce qu’il a fui. Ça ne sert toutefois pas tout à fait à l’attendrir ni à l’apaiser. Elle le dévisage dans l’espoir peut-être de déceler une lueur moqueuse au creux de ses pupilles, mais il n’en est rien. La situation lui échappe, et puisqu’elle n’est régie par aucun des codes qu’elle connaisse, elle ne sait pas comment en reprendre le contrôle. Ça a le don de l’agacer prodigieusement. « Tout ce que tu pourras ? Il en faudra bien plus pour que je –à quoi tu joues ? Relève-toi ! » commande-t-elle d’un murmure précipité. Elle relève la tête et regarde autour, espérant qu’il n’y ait aucun témoin, et que la lumière ambiante soit trop faible pour qu’on les distingue. Leurs retrouvailles ne peuvent tout à fait se dissimuler derrière l’apparence de prières –elle est bien trop bouleversée pour garder la face. Et puis, à genoux, il n’a pas le regard tourné vers le visage de marbre à l’effigie de la déité du temple, mais bien vers celui, animé, de l’épouse de son frère. C’est elle qu’il prie, qu’il supplie : qu’elle lui accorde son temps et son écoute, quelques heures seulement pour tenter de la convaincre qu’il vaut la peine de l’écouter. Il serait si facile de le contourner, alors qu’il est à genoux… et toujours elle reste, en dépit de tout ce passé qui les éloigne aussi bien qu’il les relie.

« T'es culotté. » laisse-t-elle échapper, retenant de justesse un ricanement. Il retourne ses propres paroles contre elle. Elle l’a attendu et pleuré, n’est-ce pas suffisant ? Visiblement pas. Il y a quelque chose qu’il veut, et elle a sa place dans ses manigances. Tous les moyens sont bons pour qu’elle accepte ces quelques heures (quelques minutes si elle parvient à écourter l’entretien) en sa compagnie, avec la vérité (partielle) à la clé. «D’accord. Je ne sais pas ce que tu espères, mais j’irai. Ça te satisfait ? Tu peux te relever, maintenant ? Avant que quelqu’un ne te voie et que ça arrive aux oreilles de ton frère. » Quand bien même ça lui ferait les pieds, à cet idiot.

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Message(#) Sujet: Re: Ne pleure pas, toi que j'aimais : ce qui n'est plus ne fut jamais. Ven 8 Juil - 10:46

Assad ne se presse pas d'obéir. Bien que les circonstances lui interdisent d'être expansif, il s'amuse de la surprise et de l'embarras qu'il provoque à Tovia. Elle est, à quelques défauts de mémoire près, semblable aux femmes, aux dames importantes, de leur adolescence. Si elle n'avait jamais caché son admiration pour les Donna les plus illustres d'Alcegrante, elle partageait parfois les moqueries, croyait-elle, inoffensives d'Assad à leur sujet. C'est elle, désormais, la précieuse. C'est elle, entre tous, entre toutes, qu'il a fui. Cette vérité glaciale étouffe le feu de sa récréation et il se lève avec l'aplomb de celui qu'on atteint dans son honneur. « Lequel, de mes frères ? » Les sentiments de Charif ne lui font rien. S'il sait que leur rencontre n'est qu'une question de jours, maintenant, Assad n'a pas encore tranché sa sensibilité au sujet de l'aîné de ses jeunes frères. Ils ne partageaient rien et, aujourd'hui, le seul objet qu'on leur trouve en commun prend la silhouette et les manières de Tovia Piovene. Alors qu'importe ce que Charif entend... et c'est plaisant malgré tout qu'il entende. Le prodigieux s'inquiète d'autant moins d'Haïm, dont il connait la complicité bien qu'il ignore pour quelles raisons ce cadet étranger la lui offre. Le gardien de l'Aghia Triada fera simplement le nécessaire, selon l'audace et le désespoir d'Assad qui peine à quitter cet instant. « Je te ferai chercher en fin d'après-midi. » Jouer les nobles ne lui va pas très bien, et il est incapable d'être plus précis. Puisqu'il n'avait jamais envisagé une telle issue, il doit tout entreprendre d'ici au Faux-jour. Cette perspective est nettement moins effrayante que de débarrasser ses yeux de la vue de Tovia. « Tu promets, n'est-ce pas ? » Pour ne pas avouer son anxiété incontrôlable, Assad se fend d'un sourire en reculant. « Il y a bien un code d'honneur, ou un livre poussiéreux des bonnes manières par machin de Therim Pel... qui interdit aux Donna de mentir, hm ? » Il pousse son rictus et fuit.

Plus tard.

C'est le lien d'alliance entre Haïm et Tovia qui fera admettre à l'étiquette que l'invitation est décente. Ça n'empêche pas le portier et deux domestiques du bastion de Charif (plus proche des Cinq Tours que la demeure de son enfance) d'hausser un sourcil et de retenir un raclement de gorge. La présence, l'existence, d'Assad entre les mêmes murs est, en soi, inappropriée. Ils ne disent rien et ne dissuadent pas plus leur maitresse, puisqu'elle doit le savoir quand elle choisit tout de même de se rendre à l'Aghia Triada pour le soir. Puisque c'est Jour de la pénitence et que le Faux-jour fait gonfler les rues de promeneurs et d'animation, elle gagne sa destination bien avant l'heure du souper. On la fait entrer et se tenir dans un petit salon.

« Tu ne peux pas faire ça, prévient Haïm. Je dois être là... et quelques employés de la maison. » Le silence obstiné d'Assad le convainc de poursuivre. « Il faut un témoin – et plutôt cinq qu'un seul – pour raconter que vous étiez ensemble et que c'était tout. » « Qu'est-ce que tu crois que je vais lui faire ? riposte son aîné. Je veux lui parler. » « C'est Camorr, tranche son cadet avec plus de fermeté qu'on ne lui en voit souvent. Écoute, je sais que tu as oublié, mais l'honneur d'une femme mariée commande qu'elle ne demeure pas seule avec un autre homme que son mari. » Il marque un temps curieux. « Surtout quand l'homme en question a été son fiancé. » Sa sale humeur rentrée, Assad balaie la remarque comme d'être une anecdote futile. « Je me fiche de l'honneur... » « Toi, peut-être, admet Haïm avec une patience ciselée. Mais je peux t'assurer que ce n'est pas le cas de Tovia, et tu ne peux pas lui faire ça. »

« Donna Tovia Messara. » Le laquais s'incline bas en passant la porte du salon dédié aux invités. « L'Honorable Haïm Messara, il annonce. Et l'Honorable Assad Messara. » N'importe quel noble désireux de le faire valoir s'offusquerait d'être appelé après son cadet : le prodigieux n'a pas même son orgueil. Il n'écoute pas. Il ne voit que Tovia, et les inutiles, les curieux et les spectateurs qui l'empêchent et l'empêcheront de lui parler. « Tu es sublime, clame Haïm qui l'enlace avec une distance qui trahit leur familiarité. Et tu n'es pas contrariée par l'aide que j'ai portée à mon frère, naturellement ? » Le sourire charmant d'Haïm Messara s'étale sur sa bouche. « Il en a bien besoin, il se tourne vers Assad en riant. Toutes ces années l'ont rendu barbare. »
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Message(#) Sujet: Re: Ne pleure pas, toi que j'aimais : ce qui n'est plus ne fut jamais. Sam 9 Juil - 23:42

« Oui. » La réponse affleure à ses lèvres avant même qu’elle n’ait le temps d’y songer. Elle y sera. Elle promet, sachant pertinemment que c’est une mauvaise idée. Que ça ne débouchera probablement sur rien de bon. Et sur ce dernier mot, ses lèvres se scellent : elle ne fait que le fixer du regard, du sourire insolent aux talons qui se tournent rapidement alors qu’il s’en va. Et elle ne le quitte pas du regard jusqu’à ce qu’il soit tout à fait hors de sa vue, passé les portes du lieu de culte qu’il a investi à sa suite. Pour la surprendre. Pour la piéger. Pour lui donner une fois de plus l’impression de se balancer au bout des doigts d’un marionnettiste particulièrement cruel.

Les heures se font longues, tombent au compte-goutte comme une infâme torture. Et, lorsqu’il est temps de partir, elle souhaite qu’elles se soient montrées plus longues encore. Donna Messara est nerveuse, et à juste titre : s’il est relativement simple d’expliquer pourquoi on se prosternait à ses pieds dans un temple, il le serait beaucoup moins de justifier une rencontre en tête à tête avec Assad Messara. Mais elle a promis (idiote) et par un orgueil drôlement placé se refuse à rompre cette promesse, quand bien même elle a été faite à quelqu’un qui ne la méritait pas.  

Elle attend patiemment dans le petit salon, dans un décor qui lui est familier. Ça ne parvient pas tout à fait à la calmer, mais elle est en terrain connu et ça a l’avantage de lui redonner un peu d’aplomb –plus encore lorsque c’est Haïm que l’on annonce d’abord. Le regard sombre semble s’éclairer lorsqu’elle le voit : il n’est pas son frère mais c’est tout comme. En plus de leurs caractères qui s’accordent à merveille, leurs intérêts communs à-propos de la fortune familiale les a obligés à travailler de concert, et à les rapprocher. Sa joie de le voir est cependant ternie par le sentiment de trahison qui, désagréablement, pique son orgueil et mine la confiance qu’elle a en Haïm. Il a omis de lui dire quoi que ce soit, alors même qu’il savait très bien –et c’est même en partie de son fait- que son aîné était de retour à Camorr.  L’information lui aurait été utile pourtant, ne serait-ce que pour lui éviter la claque monumentale de leurs retrouvailles, en plein milieu d’un lieu public. Pourquoi l’a-t-il volontairement tenue dans l’ignorance ? N'a-t-elle pas sa confiance ? Mais puisque ce n’est ni l’endroit, ni le moment pour lui faire part de son déplaisir, elle conjure un sourire aimable, sinon réjoui (elle n’arrive jamais à lui en vouloir véritablement) en réponse à son compliment. « Absolument pas. » Elle lui en est même reconnaissante. C’est qu’elle n’a pas passé toutes ces années à entretenir son image pour la voir s’effriter maintenant, à cause de l’imprudence d’un fantôme (beaucoup trop réel) qui ne s’embarrasse visiblement pas de maintenir les apparences. Il n’est plus de ce monde-là, et même ne l’a-t-il jamais été. Il a toujours eu un mépris assumé pour cette étiquette qui lui est à Tovia aussi naturelle que respirer. Il doit en être horrifié, de les voir tous si pompeux, et tellement soulagé de n’avoir pas eu à s’y plier, toutes ces années ! Barbare, peut-être, mais il est bien plus libre qu’eux et elle se surprendrait presque à l’envier. Et, comme à son habitude, elle n’en montre rien, échangeant plutôt avec Haïm un regard entendu. Ce qui l'amène à Assad, qu'elle ignorait sciemment jusqu’à présent. C’est lui qu’elle est venue voir, et pourtant elle ne se sent pas tout à fait prête à l’affronter. Si plus tôt elle l’aurait volontiers écharpé sans plus de considération, les heures passées à réfléchir à leur courte conversation ont suffit à attiser non seulement sa curiosité, mais également sa méfiance. « Assad », le reconnaît-elle enfin. Les syllabes lui écorchent presque la langue, alors qu'elle détourne son attention d'Haïm pour l'accorder à l'héritier Messara, pourtant un étranger entre ces murs. « Quel plaisir » offre-t-elle d'un sourire qui n'atteint pas ses yeux. Ne reste plus qu'à savoir de quelle façon il compte lui dévoiler la vérité, ou du moins celle qu'il estime être en mesure d'avouer, avec toutes ces oreilles indiscrètes. Ça ne pouvait décemment pas être si simple qu'il le croyait, n'est-ce pas ?

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Message(#) Sujet: Re: Ne pleure pas, toi que j'aimais : ce qui n'est plus ne fut jamais. Dim 10 Juil - 13:42

Le protocole s'ouvre et les souvenirs déferlent dans le crâne du fugueur. Il sait comme il doit se tenir. Il sait comme il doit se taire. Chargé des codes qu'il ne voit qu'à travers un épais brouillard mat, Assad observe avec la diligence d'un sauvage qu'on jette en pâture à la civilisation. Il se voit à douze ans, rangé aux côtés de ses frères et sœurs, dans l'ombre d'Elie Messara. Il est petit et ridicule. Il meurt de chaud dans son costume aux revers compliqués et aux coutures soignées. Il veut plonger dans l'Angevin, marteler les pavés des temples et perdre du sang sous la poigne folle d'un gamin d'Eau Rouge. Assad voudrait être partout à l'exception d'ici, à vivre le spectacle d'un monde bien trop étroit pour lui et, cependant, il est tenu immobile par les politesses chaleureuses que l'hôte et l'invitée s'échangent. Car Haïm est demeuré discret sur ses rapports avec Tovia. Son frère aîné les savait alliés, mais certes pas amis. Parce qu'elle s'est établie sans qu'il puisse aller pour ou contre, leur connivence a quelque chose de dérangeant : ils se connaissent mieux qu'Assad n'a connu l'un ou l'autre et, encore aujourd'hui, il accuse un retard blessant sur cette alliance. Combien de temps Tovia a-t-elle hanté l'Aghia Triada après lui ? Combien de temps avant Charif ? Qu'Haïm et Tovia soient amants lui frôle la nuque avant qu'elle n'ait daigné poser le regard sur lui et qu'il n'ait ôté le sien.

« Donna Messara. » Assad essaie de se souvenir. Elle est d'un rang supérieur au sien. Néanmoins, ils sont parents. De plus, le décorum n'est pas catégorique sur la posture à tenir lorsqu'un héritier plus légitime mais disparu réapparait pour vous piller le titre. A défaut de rigueur, Assad convient de s'incliner plus bas qu'il ne l'a fait devant les nobles auxquels il a été présenté – ce qu'Haïm salue d'un hochement du menton. « Tovia. » Sous le regard de la poignée de larbins roidis, il ne peut contenir son nom. Ce matin même, il la tutoyait sous la protection bienveillante de Venaportha. « Tout le plaisir, dit-il, et tout l'honneur, est pour moi. » Trop longtemps, Assad soutient les billes d'encre d'une baronne d'Alcegrante. Tout le monde s'en rend compte, sauf lui. « Avant de dîner, s'interpose le timbre sémillant d'Haïm, nous irons au jardin. » Ce qu'il annonçait pour tout le salon, il ne le dit plus qu'à Tovia par la suite : « J'ai fait venir des arbres magnifiques de Jéresh. » D'un geste du bras, il invite l'épouse de son frère à franchir le seuil pour s'enfoncer dans la demeure. Elle le précède d'un pas réglementaire pendant qu'il continue de déblatérer en prenant soin de laisser Assad dans leur sillage : « Luciano dit qu'ils ne supporteront pas le climat... mais on sait tous les miracles qu'est capable d'accomplir Luciano. »

Quand ils débouchent sur le jardin, la verdure baigne dans les ombres déclinantes. Le faux-jour se prépare, et cela fait poindre une aiguille sous les côtes d'Assad. Enfermé dans ce palais, il ne pourra rien voir de l'unique richesse enviable de Camorr. Le verre d'antan, il n'y en a nulle part en mer et peu dans les terres qu'il a visitées. Par les Douze et tous les foutus dieux, quand il rutile sous le faux-jour... « Seigneur ? » Le valet s'est approché pendant qu'il songeait, fixe, sous l'arche. Haïm et Tovia marchent sous les arbres, à présent, et aucun ne paraît s'alarmer qu'il n'y soit pas. D'un mouvement des épaules, le domestique l'enjoint à approcher. Il faut encore quelques secondes pour persuader Assad de marcher jusqu'aux deux autres.
« As-tu visité Jeresh ? l'accueille son frère quand il se trouve sur leurs talons. » Ils s'interrompent pour pivoter vers lui. Assad est presque sûr qu'ils ne conversaient pas à ce propos mais, incapable de prouver le contraire, il se redresse, les mains nouées l'une à l'autre dans son dos. « Quelques fois. » De toute évidence, Haïm attend de lui qu'il raconte quelque anecdote sans le moindre intérêt pour remplir les espaces que tous les nobles arrangent entre eux. Le prodigieux ne comprend pas vraiment pourquoi, puisque Tovia et lui sont intimes et que ses propres motivations sont loin des jeux de cour. En balayant le jardin d'un regard désespéré, il comprend que chacun des paires d'yeux posés sur eux fait une raison suffisante. « C'est assez calme. » Pour ne pas dire à crever d'ennui quand l'on vit en pirate. « Magnifique. » Bien que le tour en soit rapidement fait. « Tu as sûrement fait rapporter les seules choses dignes d'intérêt. » Et de désigner les arbres jéreshiens. « Pour quelqu'un qui n'y est allé que quelques fois, tu as l'oeil, reconnaît Haïm. Es-tu sûr de ne pas pouvoir rester, apprendre auprès de Luciano ? » Il se fend d'un sourire aristocratique. Ambivalent. Infect. « A défaut d'être Don, tu serais jardinier. »
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Message(#) Sujet: Re: Ne pleure pas, toi que j'aimais : ce qui n'est plus ne fut jamais. Dim 10 Juil - 21:50

Rien de tout ça ne lui semble réel. Il s’agirait d’un rêve, qu’elle n’en serait pas le moins du monde étonnée. Elle pourrait se réveiller, juste là dans ses draps frais, le soleil perçant les fenêtres, et elle chasserait ce rêve étrange de ses pensées. Et tout irait bien, tout irait mieux. C’est toutefois impossible : elle se sent trop ancrée dans la réalité pour être prisonnière d’un songe. Les salutations semblent lourdes et maladroites, gauches.  C’est presque dissonant à l’oreille. Il fait moins d’erreurs, et de toute façon la situation est si complexe que même Tovia ne s’y retrouve pas exactement. Le seul qui semble parfaitement à l’aise est Haïm ; de toute évidence c’est lui qui mène la danse, et pas le frère aîné revenu d’entre les morts. C’est peut-être vers lui, dans ce cas, qu’elle devrait diriger sa colère. Ça lui est égal : elle en a amplement pour tous les deux. Agacée –le mot est faible- elle ne se départit pas d’une expression aimable mais gardée, et feint un intérêt tout relatif pour les arbres dont il est visiblement fier. « Entre ce qu’il dit et ce qu’il fait, il y a un monde » convient-elle (sans tout à fait viser Luciano) d’un hochement léger de la tête, avant d’ouvrir la marche vers le jardin. Elle connaît bien la propriété, puisqu’elle l’a souvent fréquentée lors de son enfance et son adolescence –et même aujourd’hui, elle parcourt encore (trop) régulièrement les couloirs de L’Aghia Triada.

« Pourquoi ne m’en as-tu pas parlé d’abord ? » Le ton est léger, mais le regard ne ment pas : elle ne parle pas des arbres, et ce n’est pas une conversation qui doit être plaisante. « Ça m’aurait intéressée. » D’être ainsi mise à l’écart de ses plans ne lui plaît guère, surtout considérant la position délicate dans laquelle elle se trouve. Après tout, elle aide son beau-frère dans le secret, pour contrecarrer les plans de son mari. Et s’il venait à le découvrir…  Il est évident que rien de bon ne pourrait ressortir, si l’information lui était révélée. « Je ne savais pas si mes recherches porteraient fruit. Et j'ai pensé que tu n'en voudrais pas. » Le benjamin des Messara ne semble toutefois pas partager ses inquiétudes, répondant d'un air presque guilleret, marchant d'un pas serein dans le jardin luxuriant. Il ne s'agit que d'une simple promenade, et Tovia aurait presque pu y croire, si Assad ne les avait pas rejoints. Malgré elle, Tovia se surprend à tendre l'oreille: elle n'a jamais réellement quitté Camorr, et le voilà qui parle de Jéresh ! Mais Haïm, toujours maître de cérémonie, la ramène bien rapidement à la réalité.

« Quelle idiote je fais. » C’est presque imperceptible. À moins de faire partie de leur petit cercle fermé, c’est impossible à entendre. Et, à présent, elle n’a plus d’attention que pour Assad. L’abondance de témoins tout autour sert à ce qu’elle se contienne, mais rien ne lui démange plus que de les planter là, l’un et l’autre. Elle perd ses mains dans le drapé de sa robe pour dissimuler ses poings serrés. Parti pour fuir l’étiquette, les responsabilités. Elle. Revenu pour l’héritage. Pour, une fois de plus, lui tirer le tapis sous les pieds, sans égards aucun pour celle qu’il disait aimer, autrefois. Avec l’aide d’Haïm qui, non content d’être l’allié de la Donna, devait aussi être son ami. Tovia voudrait, pour une fois, mettre de côté l’usage et les faux-semblants; rien ne l’irrite plus que de se plier à ce petit jeu, alors qu’elle souhaiterait simplement en finir. Mais Assad voulait s’expliquer. Avant tout, tu devrais m’écouter. N’est-ce pas ce qu’il a dit ? « De toutes les raisons qui peuvent motiver sa visite, jardiner doit être bien bas sur la liste. » Comme s’il n’était pas là, alors qu’elle le fixe sans ciller, l’expression neutre et le regard brûlant. Longtemps. Trop longtemps. « Tu as raison, ils sont sublimes » avoue-t-elle enfin, détournant lentement les yeux pour admirer les nouvelles additions à son jardin. Ils sont différents, presque exotiques, et ils n’ont pas réellement leur place parmi les autres ; tout comme Assad ne semble pas avoir la sienne parmi les pairs de Camorr. Le voilà, pourtant. Prêt à réclamer quelque chose qui ne lui est pas dû. « Mais je me demande si Luciano n'est pas dans le vrai. Es-tu certain que ça valait l'investissement ? » Et s'il leur avait plutôt passé la corde au cou ? Sans rien connaître des réelles motivations d'Assad, difficile de savoir si, oui ou non, il sert leurs intérêts.

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Message(#) Sujet: Re: Ne pleure pas, toi que j'aimais : ce qui n'est plus ne fut jamais. Lun 11 Juil - 15:51

Plus le temps file et plus Assad regrette de n'avoir pas enlevé Tovia, avec son consentement ou non. Il eut été un criminel mais il eut été libre. Ici, nul ne possède de liberté. Ni Haïm, ni Tovia, ni aucun des domestiques, ni aucun des arbres. Ils sont tous joyeusement claquemurés dans les remparts, les draperies et le luxe. Il est infect qu'un tel décor oblige à choisir ses mots, sa posture, son silence, et le pirate y est d'autant plus à l'étroit qu'il s'est accoutumé aux grands espaces. Le jardin était, d'entre toutes ses cages, son refuge préféré. A présent qu'il faut y jouer la comédie bonne pour toute la maison et pour Camorr, Assad l'abhorre d'une haine égale au reste. Il n'est qu'Haïm pour s’accommoder du simulacre. Peut-être parce que tout cela lui plait. Peut-être parce qu'il sait mieux que ses complices comme les apparences doivent jouer pour eux. A force d'orchestrer tous les éléments, de les aligner les uns sur les autres, il est le seul à détenir une vue d'ensemble : ce que Tovia et Assad ne doivent pas perdre, et qu'importe le mépris, la peine et le regret qui les dévorent. Leurs sentiments, en vérité, sont secondaires. « Tu as raison, consent le cadet Messara après un regard qui ne balaie pas plus Assad qu'elle ne l'a fait. Quel plaisir prendrait donc mon frère à cultiver des arbres qu'il peut admirer à loisir sur leur îlot natal ? » Et d'incliner respectueusement le crâne aux compliments futiles que sa belle-soeur dresse pour les arbres qui ne soucie aucun des trois protagonistes. Le plus irrité est certainement le prodigieux, qui ne dit rien aussi longtemps qu'on ne lui lègue pas la parole. Haïm sait ce qu'il fait. Tovia semble capable de limiter. Et lui, l'idiot, le barbare, l'étranger, il garde son impatience sous bride, menaçant de frapper son cadet au visage s'il s'amuse plus longuement de lui.

« C'est le jeu de l'investissement, rétorque Haïm qui paraît hésiter. » Aucun spectateur insistant ne pourrait manquer l'attention soutenue qu'il porte à chaque feuille, à chaque branche, à chaque nuance de couleur qui berce son horizon. Plus la lumière du jour s'éteint, plus il s'attarde. « Si Luciano avait raison, j'aurais, quoi qu'il en soit, eu du plaisir à abriter un tel prodige au sein de l'Aghia Triada, je crois. » Ses billes, noir d'encre, fondent à celle de Tovia et toute incertitude, probablement fictive, a disparu. « De plus, Mère le voudrait. » A l'évocation d'Ausilia Gesufal, Assad tressaille. De ce côté-là, Haïm s'est montré parcimonieux dans le récit qu'il a brossé à destination de son frère et, à présent, il doit espérer, à dessein de la convaincre, que cela ait un quelque écho chez Tovia. C'est demander une trop grande-discipline au pirate, qui ne cède pas la parole à une Donna d'Alcegrante comme il le devrait : « Tu ne m'as pas dit quel destin a connu notre mère. » Le cadet des Messara fronce les sourcils. « Et ce n'est pas le moment. » Voilà qui fait taire et tenir Assad. Prudemment, étrangement, l'aîné prend un pas de distance. Ça ne lui plait pas d'être réintégré au décor et, néanmoins, l'oeil d'Haïm Messara ne laisse aucune négociation ouverte quand au rôle qu'il doit endosser – du moins, pour le moment. « Tu n'aimes pas ces arbres ? il interroge doucement. » Comment dire poliment qu'il n'en a rien à foutre ? Incapable d'une formule acceptable, Assad ronge sa mauvaise humeur comme son naturel impétueux. Après un moment de silence obséquieux, Haïm reprend : « L'Aghia en avait bien besoin, acquiesce-t-il à ses propres mots. Nous en avions tous besoin. Naturellement, fait-il en effleurant un bosquet du bout des doigts, il nous faudra un moment pour nous y adapter. » Après qu'il ait repris la promenade, le jeune détenteur du palais ne s'arrête plus d'aligner propos convenus et remarques faussement enthousiastes. Et, pour Assad, le temps devient long.

Le faux-jour s'étend sur la cité orientale et strie le ciel de ses lumières charmantes pendant qu'une clameur lointaine gravit les murs. Réglé comme une horloge à eau, l'intendant plante sa carcasse à la lisière que fait la demeure au jardin. « Donna. Seigneurs. Le dîner est servi. »
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Message(#) Sujet: Re: Ne pleure pas, toi que j'aimais : ce qui n'est plus ne fut jamais. Mar 12 Juil - 2:39

Haïm continue sur sa lancée et Tovia se rend à ses arguments, pour l’instant. De toute façon il n’y a rien qu’elle puisse faire à présent, et surtout pas ici, en plein milieu du jardin, alors qu’elle doit peser ses mots, ses regards, sa posture pour qu’on ne la devine pas trop. Elle s’approche d’Assad avec un calme qu’elle est loin de ressentir, espérant qu’il ne se dérobe pas. Là encore, étrangement, il saurait l’offenser s’il fallait qu’il esquisse un mouvement de recul.

« Marche avec moi », dit-elle en posant délicatement la main sur son bras. Ça ne respecte pas tout à fait les convenances, mais si ç’aurait été acceptable pour Haïm, elle décrète que ça l’est pour Assad également. Leur passé est différent, bien sûr –il est cependant son beau-frère lui aussi, et elle s’assure de garder une certaine distance tout de même, le dos droit, pour les préserver autant que possible des mauvaises langues. «  Qu’en penses-tu ? Tu crois qu’ils pourraient effectivement embellir le jardin, s’ils parvenaient à s’adapter au climat ? » Ça ne lui plaît guère, comme perspective, de le voir établir ses marques à Camorr, de nouveau. Mais c’est son avis à lui qu’elle veut, et il faut voir le bien commun, celui de la famille, et non pas prioriser ses propres sensibilités. Probablement aura-t-elle une occasion d’avoir sa revanche plus tard. Aussi puéril que ça puisse paraître, elle a beaucoup de mal à laisser passer l’affront ; et puis, à Camorr, ça n’a rien d’étonnant ou de déplacé. La rancune se cultive ici comme le plus beau des jardins : avec soin, patience, sur de longues années s’il le faut. Mais Haïm a raison et elle s’applique à suivre son conseil, alors qu’elle chemine vers la demeure en laissant ce dernier derrière. « Ce ne sont que des arbres, après tout. Si l’on ne souhaite plus les voir, on les déracine » muse-t-elle en un murmure, l’expression moqueuse. Bien que le cadet se montre réjoui de voir son frère depuis si longtemps disparu, Tovia est loin de partager son enthousiasme –et son amour du jeu. Ça fera au moins un mensonge de moins à entretenir devant son mari : il n’apprécierait pas que sa femme en soit trop proche, et elle n’est que trop heureuse de se conformer à ses attentes, quand bien même il ne le sait pas encore. Ils ont trop à perdre pour agir à la légère. Surtout Tovia, qui sait tenir une position particulièrement précaire sur l’échiquier.

Elle le quitte à l'intérieur, et son cadet prend le soin de voir à tous les égards qu'une Donna s'attend de recevoir de la part de son hôte. Assad ne s'en souviendrait probablement pas et peut-être convient-il de ne pas pousser le bouchon trop loin. « Tu trouveras probablement ce fameux manuel des bonnes manières dans la bibliothèque. Ça servira peut-être à te rafraîchir la mémoire, si tu restes assez longtemps pour y mettre les pieds. » Ne serait-ce que pour savoir par quelle fourchette commencer, se garde-t-elle d'ajouter. Avec celle de la demeure des Piovene (qu'elle a allègrement dévalisée pour agacer son frère), la bibliothèque des Messara reste l'une de ses pièces favorites. Lieu de savoir, de silence, il est facile pour elle de s'y réfugier lorsque ses responsabilités ne la retiennent pas ailleurs. Et, suite à cette remarque des plus agréables, elle entreprend de l'assassiner du regard tout en lui offrant un sourire aimable. Après tout, c'est bien de sa faute s'ils se retrouvent coincés autour de cette table, misérables, tandis qu'Haïm s'amuse ostensiblement de les voir aller. Elle, toujours déstabilisée par la présence d'Assad, et ce dernier aussi à son aise que s'il venait de mettre le pied dans un nid de vipères -ce qui n'est pas loin de la vérité.

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Message(#) Sujet: Re: Ne pleure pas, toi que j'aimais : ce qui n'est plus ne fut jamais. Mar 12 Juil - 4:14

D'être aussi négligeable que la poussière jetée sur les rameaux, Assad frissonne qu'on s'adresse de nouveau à lui. Il est encore ce petit garçon, le môme rétif planté dans le dos d'Elie Messara. Il fallait constamment attendre : qu'on se souvienne de son existence ; qu'on l'autorise à s'exprimer ; qu'on le force moins et moins souvent à ronger sa nature. A croire qu'ils lèguent leurs lois comme ils se passent leur sang, Haïm et Tovia imitent salement son souvenir. Ils ressassent, aussi immuables que leurs parents et que leurs aïeux, la mécanique de leur enfance et la lui infligent comme s'il avait toujours appartenu à ce monde. Pourtant, il n'en est rien et Tovia ne devrait jamais caresser l'idée de l'obliger. Une poignée de secondes, Assad hésite à décliner. Puis il se souvient que c'est lui qui, le premier, l'a offensée. Parce qu'il ne saurait la punir de ressembler aux sphères qu'elle a choisies et qu'il a fuies, le prodigieux présente son bras et cale son pas sur celui de la jeune femme. L'éloignement est raisonnable. Certainement insatisfaisant. Mais puisque c'est elle qui prend la mesure quand elle approche, Assad refuse la responsabilité de rectifier. Anxieux, il retient son souffle, le temps qu'elle le délivre des mots qu'il sait qu'elle va lui dire. « On n'en finit donc jamais de parler de ces arbres. » Comme ils déambulent l'un à côté de l'autre, Assad n'a pas l'opportunité de témoigner tout l'agacement que lui procure le détour. Il se raccroche au sermon d'Haïm et à son souhait de ne pas entailler Tovia plus profond. De lentement déglutir, il cherche ses mots. « Ils n'ont rien à faire à Camorr, il décrète après un moment. » C'est très honnête et ce serait de mentir que d'affirmer qu'il a l'intention de s'établir. Au contraire, cette soirée est en passe de le convaincre qu'il ne peut y rester ni pour toujours ni pour un temps. Si elle n'était pas là, il aurait probablement traversé une fenêtre et se serait échappé dans quelques venelles flanquées de voleurs et de putains.

« Si l’on ne souhaite plus les voir, on les déracine.
-  Ah, vraiment ? (L'expression troublée, Assad se fige.) Voilà qui est digne de vos pairs et de vous, Donna Messara. Vous délogez les autres espèces de leur nature pour votre amusement et, une fois las, il vous suffit de l'ordonner pour qu'on vous en débarrasse. Comme c'est pratique. »

Aucun domestique posté à tous les foutus coudes que fait le labyrinthe de l'Aghia Triada n'hausse un sourcil : c'est donc qu'il n'a pas haussé le ton. Néanmoins, sa colère va plus froide et plus prégnante jusqu'à ce qu'ils entrent dans la salle à manger. Sans avoir échangé d'autres moments, il accueille avec un soulagement tenu sous bride qu'elle l'abandonne à des embarras pires encore que les injures de couloir et les métaphores de jardin. De fait, il ne répond rien et s'installe pesamment. On dirait qu'il s'attend à briser quelque chose. Ce que ça lui ferait ? En vérité, bien peu de choses mais ce serait, semble-t-il, offrir une victoire indécente à Tovia et, sur le moment, il est disposé à tous les efforts pour esquiver l'échec. « Je suis curieux de voir mon frère dans une bibliothèque, entonne Haïm comme de vouloir ruiner son entreprise. » On lui sert un vin alchimique pendant qu'un sourire éclate sur sa bouche. Après qu'il l'a goûté et en a fait quelques compliments, l'âpre liquide est versé dans toutes les coupes. « Ce jour-là, je ferai ouvrir une meilleure bouteille mais, en attendant, cela devrait faire l'affaire. » Il lève le récipient et le liquide et, une fois imité, il en avale quelques gorgées.

Pendant qu'Haïm discute encore un moment de Jéresh et de ses cultivateurs, une large variété de plats est présenté. Pour s'en tenir à sa résolution, Assad ne se fait servir que des mets qu'il sait pouvoir manger avec suffisamment de dignité. En pure perte, puisqu'il est aussi incapable d'avaler un morceau que d'ingurgiter une goutte. Toutes les minutes, il scrute Tovia avec la fébrilité de celui qui voudrait hurler à défaut de pouvoir le dire. A chaque fois, il se retient et adresse quelques mots à son frère, que cette seule sollicitation suffit à relancer. Tout le dîner s'écoule dans cet inconfort concerté.

« On doit pouvoir s'autoriser un thé avant que Charif ne considère l'horaire exagéré. » Le sourire qui barre le coin de sa bouche, Haïm goûte sa décision comme une bonne plaisanterie. Il précède les deux autres, ainsi que les quelques valets qui les escortent. De tous les couloirs, celui-ci est interminable. Insupportable. Tous les portraits rivés aux murs et tous les bustes déposés sur leur socle paraissent se moquer de lui. Pour se distraire, Assad les compte. Le jardin. Le dîner. Le thé. Puis, quoi ? Le pirate plutôt que l'ancien noble sait qu'il n'aimera pas la réponse : il attrape Tovia par le bras et la pousse à l'intérieur de la première pièce qui arbore une porte, semble-t-il, assez solide pour être refermée derrière eux. Sans s'attarder sur les nouveaux états de Donna Messara, Assad dégrafe son pourpoint et tire bruyamment la commode afin de bloquer le battant. A sa barricade, il ajoute un fauteuil, une console et un coffre qui ne retiendrait pas un enfant de cinq ans. Satisfait, il tourne les talons et découvre le cabinet de travail dont – heureux de le découvrir – il se souvenait avec exactitude. Il n'y a là qu'une seule fenêtre et il est près de jurer qu'elle n'oserait pas se défenestrer. « Tu leur diras ce que tu voudras, il négocie à la hâte les termes de la séquestration, et tu n'auras qu'à jeter tout le déshonneur, ou peu importe, sur moi... Mais je t'ai promis la vérité et je n'aurai pas l'occasion de te la donner en dehors d'ici. »
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Message(#) Sujet: Re: Ne pleure pas, toi que j'aimais : ce qui n'est plus ne fut jamais. Mer 13 Juil - 2:44

On dirait qu’il l’accuse, qu’il la condamne : elle est comme ça, et puis c’est tout. Comme si c’était son idée, de l’envoyer chercher pour le poser là, à la place de son mari. Un coup de maître pour mettre l’adversaire en échec –le pion à sacrifier si la manœuvre échoue. Il fait erreur : elle n’a rien à voir avec la venue des arbres à Camorr, ni avec la sienne. Mais qu’il la méprise un peu plus, si ça lui plaît. Elle ne répond que d’un sourire énigmatique, qui pourrait se phraser quelque part entre le n’est-ce pas ? et le Tu n’as même pas idée du merdier dans lequel tu t’es fourré.

Ainsi rassemblés autour de la table, elle constate encore mieux l’incongruité du trio qu’ils forment. Ou plutôt, à quel point Assad fait tache dans le décor. Son malaise est palpable, et c’est suffisant pour le mettre en retrait. Et dire qu’il souhaite reprendre le titre à Charif, qui s’est déjà bien établi en tant que chef de famille ! Il ne réussira pas sans aide, c’est évident. Il a de la chance d’avoir Haïm comme allié : s’il n’a pas l’avantage de par sa place dans l’ordre de succession, il est très certainement assez futé pour faire triompher Assad. Lorsqu’Haïm lève son verre, elle fait de même, retenant de peine un mouvement sec qui enverrait le contenu de sa coupe dans les yeux du benjamin des Messara (quoiqu’entre le benjamin et l’aîné son cœur balance) qui semble s’amuser un peu trop à son goût. Et rien, pendant les trop longues minutes de ce dîner, ne vient tempérer ses envies d'asperger les frères de vin alchimique avant de fuir la demeure. « On doit pouvoir s'autoriser un thé avant que Charif ne considère l'horaire exagéré. » 
Quelle horreur. « Je suppose qu’on peut, en effet. » Adressant de silencieuses prières aux Douze pour qu’on la délivre de ce châtiment indûment infligé, elle suit une fois de plus le cortège, son irritation difficilement contenue afin de faire bonne figure : elle en voit presque la fin. Plus que le thé, qu’elle réussira avec un peu de chance à expédier rapidement. Ceci dit, elle ne s’attendait pas à ce qu’on la pousse sans délicatesse derrière l’une des portes fermées du couloir, dans une pièce dont l’obscurité est à peine percée par la lumière de l’extérieur. Prise au dépourvu, elle s’apprête à questionner l’auteur du rapt (Assad, sans aucun doute) et se retourne pour contempler un bien étrange spectacle. Comme s’il craignait que l’on ne défonce la porte à l’aide d’un bélier pour voler à son secours, il empile des meubles devant la seule issue. Et c’est d’un air dubitatif qu’elle l’observe patiemment ériger sa barricade, les bras croisés sous la poitrine. « C’est évident. » Elle ne va certainement pas raconter que c’était de son fait. Sourcil levé, elle attend. Bien malgré elle, Tovia est soulagée d’être enfin hors de portée des regards et des oreilles indiscrets : elle n’a pas souffert tout cet horrible dîner pour repartir sans ce qu’on lui a promis.

À entendre les coups retenus, mais fermes, frappés sur le battant, Tovia laisse échapper un ricanement. Elle sent déjà l’orage venir. Tant pis. Ils sont là maintenant, et si Assad est seulement à moitié aussi borné qu’il l’était adolescent, alors ils ne sortiront pas de la pièce avant qu’il soit satisfait de leur échange. Voilà au moins une chose sur laquelle ils semblent s’accorder. Ça, et le fait qu’Assad n’ait rien à faire à Camorr. « Assad, ouvre la porte. » Leur parvient la voix étouffée d’Haïm de l’autre côté du panneau (et des meubles), et Tovia hausse les épaules avant de se diriger vers un globe alchimique, qu’elle effleure du bout des doigts. Un peu de lumière ne ferait certes pas de mal. « C’est ton bordel, c’est toi qui gère. » Elle en allume un autre, contemplant le petit bureau dans lequel il les a enfermés. Les règles que suivent Tovia et Haïm ne lui plaisent pas, mais l'avantageraient pourtant s'il est là pour récupérer sa part de l'héritage (et son titre). « Tu devrais écouter Haïm. Il est de bon conseil. » Mais s'il souhaite agir en dépit des codes de conduite, soit. Elle ne l'en empêchera certainement pas.

La Donna laisse passer quelques secondes de silence. « Tu m'as promis une partie de la vérité. Ce qui est relativement différent de tout. » qu'est-ce qu'il compte faire, avec quelques bribes d'histoire ? La consoler ? Se faire pardonner ? Soulager sa conscience, peut-être ? Elle doute fortement qu'il puisse réparer quoi que ce soit de quelques mots, mais c'est préférable à rester dans l'ignorance. «C’est parce que tu ne me fais pas confiance, ou parce que tu as honte ? » Comme si ces choses-là comptaient toujours.

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Message(#) Sujet: Re: Ne pleure pas, toi que j'aimais : ce qui n'est plus ne fut jamais. Mer 13 Juil - 11:59

Assad s'attend à rencontrer de la résistance : c'est la croire bien effarouchée. Dans la pénombre feutrée du réduit, elle se tient droite, et digne – et belle. Plus habilement encore qu'il ne le croyait, et aussi loyalement que la bonne société d'Alcegrante le voudrait, Donna Tovia Messara joue à merveille de son assurance. En toutes circonstances, elle dispose donc d'un masque qu'il lui suffit d'ajuster sur son nez, à la courbe de sa bouche ou au coin de ses yeux. Le mépris d'Assad se renforce, rien qu'à goûter toujours plus de sa haine pour Camorr. Pour le combler, elle éclate d'un rire sale, et bas. Elle se moque, ou de son frère ou de lui, peut-être des deux ensemble ou, si elle aime la vérité, de tous les trois. Tous ces nobles et leurs jeux sont épuisants... Ils se distraient des autres, ainsi que d'eux-mêmes, en torturant des créatures moins habiles et moins éduquées. Le pirate n'a pas la faiblesse de croire qu'il est de ces bestioles-là : il leur a échappé, jadis, il y a longtemps, et, n'en déplaise à Tovia, il ne le regrette jamais.

On cogne à la porte et on pousse sur elle. A Port-Prodigue, un seul bougre suffirait à faire céder le pan de bois, renforts de cuivre ou non. Suffisamment embarrassé par le mouvement d'humeur de son aîné, le maître de l'Aghia Triada voudra épargner ce scandale. Oh, par tout le panthéon, assurément Haïm lui en voudra. Néanmoins, et tout bien considéré, il n'y a qu'Haïm qui, jusque-là, obtient tout ce qu'il veut. Aussi Assad n'est-il pas fâché de lui piller un peu, aussi, de ce à quoi il tient. Plus tard, il fera avec les conséquences, quand Tovia ne sera plus aux devants de son être. « Sauf le respect que je lui dois, Haïm peut aller se faire f... » La lumière alchimique inonde la pièce pendant qu'un autre coup sonne sourd dans le dos d'Assad. Le temps le rappelle à lui et la nonchalance de Tovia est trompeuse : il lui faut se hâter s'il tient à ce point à raconter.

« Assieds-toi. » Le prodigieux la gronde un peu. S'il lui doit la vérité, s'il l'a lui a promise, il ne peut s'empêcher de détester la façon que Tovia a de l'exiger. Sa colère est naturelle, sa rancune, légitime ; ça ne justifie certes pas toute l'âpreté qu'elle déverse contre lui. « Je n'ai pas honte, il dit après un moment. » De quatre bons pas, il distance les poings mats qui pleuvent régulièrement contre le chêne massif. Le timbre d'Haïm s'évanouit, qu'importe les ordres qu'il aboie à tous les larbins du palais. « Ce serait trop long à raconter, c'est tout. » De quelques enjambées, il évalue la pièce. D'un coup d'oeil par l'unique fenêtre, il devine, dans la nuit grimpante, le ballet des globes alchimiques harnachés au bout des perches métalliques. « On n'a pas autant de temps. Alors assieds-toi, maintenant. » Lui-même s'installe contre la margelle ornementée d'ivoire et, là, il cherche frénétiquement ses premiers mots. En une soirée, il a acquis la certitude qu'aucun ne conviendra à Donna Messara et, las de vouloir l'emporter, il opte pour l'unique effort qui consiste à avouer. Dès qu'il a résolu que rien ne saurait bouleverser la mauvaise opinion qu'elle a de lui, il est inarrêtable dans ce qu'il n'avait jamais narré à personne : « Je n'aurai jamais fait leur guerre. (Son timbre est lointain. Soutenir le regard de Tovia est aussi difficile que si c'était les Douze eux-mêmes qui le jaugeaient.) Un soir, j'ai entendu Père et Siham qui en parlaient. Siham n'était rentré que pour ça. Siham était fait pour la guerre... Moi, pas. » Si l'homme du présent a donné tort ensuite à l'adolescent du passé, il n'a massacré pour aucune bannière et n'a, finalement, que peu tué. Ce chapitre peut attendre. Ce chapitre peut mourir. « Je n'avais que quelques jours avant que le convoi ne parte pour le front verrarien. J'ai tranché ce soir-là. » La langue frôle les canines et lui humecte les lèvres. « Je ne vais pas mentir : je savais qu'on m'enverrait tôt ou tard aux Mille jours et j'avais déjà réfléchi à la façon de m'enfuir. Je suppose que je n'avais pas eu le courage, avant... j'ai attendu de ne plus avoir le choix. C'était ça ou mourir. Remarque, au début, ça se ressemblait. » Face à la déviation de son récit, Assad secoue légèrement le crâne. « Le surlendemain, j'étais au large de Camorr. Et personne ne m'avait vu faire. » A la porte, les coups ont cessé. S'il le réalise, c'est qu'il hésite pour la première fois depuis qu'il a commencé à parler. Ses prunelles avisent le parquet ciré. Ce qu'il a déjà dit était, quoi qu'indicible, le plus facile. Au contraire de ce qui s'en vient forcer la barrière de ses lèvres. « Je t'avais écrit une lettre, à toi seule. » A qui d'autre devait-il des explications ? Qui d'autre le rattachait à la cité ? « J'y disais à peu près ce que je te dis aujourd'hui. Et d'autres choses, aussi. » Le souvenir est trop vague, et ses éclats insurmontables, pour que par la mémoire il s'y attarde. « Mais, au dernier moment, j'ai su que je ne pouvais pas te la donner. » Le traître rive son regard à celui de la trahie. « Tu aurais essayé de me dissuader. Ou tu m'aurais dénoncé. Et, même si tu n'avais rien dit, quelqu'un aurait pu la trouver. Je ne pouvais pas prendre le risque... » Assad s'était alors choisi. Au paroxysme de son égoïste, il avait choisi de se sauver plutôt que les sentiments de Tovia. Encore aujourd'hui, et aussi difficile soit l'exercice qui consiste à assumer, il ne regrette jamais son départ ou la manière dont il se l'est assuré. « Ça ne te plaira pas de l'entendre, je le sais, mais ça a été la meilleure décision que j'ai prise de toute ma vie. J'ai été libre, après ça. J'étais vivant, bien sûr, mais surtout j'étais libre. »
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Message(#) Sujet: Re: Ne pleure pas, toi que j'aimais : ce qui n'est plus ne fut jamais. Jeu 14 Juil - 1:55

D’abord, elle reste debout. Si elle a accepté son invitation, et ne rechigne pas à être seule en sa présence, elle n’est que peu encline à faire d’autres concessions. Ça n’est pas une guerre de volonté, mais plutôt un simple caprice : s’il lui sommait de rester debout, elle s’empresserait probablement de trouver un endroit pour poser son joli fessier. Tovia a pourtant passé l’âge, et ça n’est certes pas digne d’une noble dame, mais Assad est bien loin de la juger par les mêmes critères que les pairs de Camorr. Ce que lui méprise est estimé des résidents d’Alcegrante. « Je n'ai pas honte. Ce serait trop long à raconter, c'est tout. »

Il n’a pas honte, mais il ne dément pas le manque de confiance. Habituée aux sous-entendus et aux vérités habilement dissimulées, Tovia considère son absence de réponse comme un assentiment. Ça n’est pas pour l’étonner, puisque de toute évidence c’est réciproque. De mauvaise grâce, elle finit néanmoins par s’appuyer, à défaut de s’asseoir, sur le meuble en bois massif qui trône au centre de la pièce. Patiemment, elle attend le début de son récit. Elle est confiante qu’ils ne passeront pas au-travers de cette porte, pas plus qu’ils ne risqueront de l’endommager pour une question aussi anodine. Haïm sait pertinemment qu’Assad ne lui fera aucun mal. Certainement n’ira-t-il pas faire tout un esclandre de quelque chose d’aussi inconséquent.

Les mains jointes, posées sur ses cuisses, elle a toujours l’air de l’une de ces peintures où la pose est parfaite, étudiée. C’est l’habitude d’être constamment observée, soumise au regard et au jugement de son mari, de leurs fréquentations, des domestiques des autres maisons. Elle le remarque à peine; c’est quelque chose qui fait partie d’elle, à présent. Et qui aurait fait partie de lui s’il n’avait pas fui. Les mots déboulent et elle n’en rate aucun, aussi immobile qu’une statue de pierre alors qu’elle n’a envie que de bondir sur ses pieds pour faire le tour de la pièce mille fois, comme un fauve en cage. Le flot se tarit, elle bouge à peine. Quelque chose comme de la tristesse lui étreint le cœur, après ses aveux. Comme un autre deuil qui viendrait s’ajouter à celui qu’elle a fait d’Assad, seize ans auparavant –à la différence qu’elle ne pleure ni une mort, ni une disparition inexpliquée, mais bien un abandon. Il parle de survie, et cela elle est à même de le comprendre. Ça ne diminue en rien la douleur, et ça ne fait certainement rien pour la fierté blessée. Libre de tout. De ses parents, du carcan doré de la prison que lui aurait fait l’Aghia Triada. Libre d’une femme qu’il n’avait pas choisie ? C’est puéril, c’est inutile aussi –mais l’affront semble terriblement personnel. « J'aurais pu la brûler. Tout de suite après l'avoir lue, j'aurais pu la détruire. Tu es- » La voix lui manque. La rage qui l'habitait fièrement a été soufflée aussi sûrement qu'on éteint une chandelle. Ne reste à présent qu'un mince filet de fumée.

Elle l’aurait suivi, peut-être. Ne l'aurait pas supplié de rester, mais plutôt de pouvoir partir aussi. Mais l’avouer serait étaler au grand jour une trop grande faiblesse. Et puis de toute façon ça ne servirait à rien : il ne la croirait pas. Elle n'est pas même sure de se croire elle-même. Elle l’aimait, ce n’est plus le cas. Du reste ils ne se connaissent plus. De l’adolescent qu’elle a connu, il ne reste qu’un air, dans les traits du visage, et toujours ce goût de liberté. L’aversion pour la rigidité des codes qui régissent son quotidien –et, plus encore, pour la mascarade dont ils font leur vie. Le passé étant ce qu’il est –immuable- pourquoi s’entêter à vouloir le changer ? Probablement pour la raison qui la pousse à le traiter avec mépris, à se dissimuler derrière la rancune pour ne pas se laisser gagner par le chagrin. Il est de ces choses qui auraient pu être, et dont elle ne veut pas même effleurer la pensée. « Alors tu es parti. Libre comme le vent, sillonnant le monde, à vivre une vie tellement plus... édifiante. Et après, quoi ? »

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Message(#) Sujet: Re: Ne pleure pas, toi que j'aimais : ce qui n'est plus ne fut jamais. Ven 29 Juil - 19:47

Assad s'est attendu à de la colère – une réelle, une vive, colère, dans ses habits d'apparat, celle qu'on a longuement, savamment, mûrie. Il la sentait grandir, soupirer, écorcher, il la sentait gagner au point d'être invincible. Elle allait l'engloutir. Elle lui poussait fort sur le cœur. Il suffoquait. Aussi ça le laisse pauvre, et creux, dépouillé de toutes ses armes, lorsque Tovia rétorque sans lancer son timbre contre lui. On dirait que les mots se brisent rien que d'entrer dans l'air. La remarque balayée comme le bourreau écarte les gémissements du condamné (elle n'aurait pas brûlé cette lettre, ils le savent tous les deux), le soulagement ne peut s'empêcher, candide, de se déverser à tous les endroits de son corps. Et si ça cogne toujours contre la porte, massive et inflexible, c'est un son incroyablement lointain, maintenant. Il est imaginaire, peut-être. Et peut-être sont-ils seuls, à des lieues alentours. Assad sait néanmoins que ça ne suffit pas, et que ça ne suffira jamais. La récente attitude de Tovia constitue néanmoins un début encourageant, inespéré. L'esprit du pirate ainsi délivré, il prend encore conscience de l'angoisse lourde, et pleine, qui l'étranglait. Redécouvrir les responsabilités, qu'il est possible qu'on attende quelque chose de lui, et qu'il le doit... Ça semble ridicule. Oui, l'idée ferait ricaner Chiara. Et elle effraie Assad. Et, cependant, il vient de s'expliquer comme s'il s'agissait de l'oeuvre d'une vie, comme s'il avait accouru à Camorr pour elle et pour lui raconter. C'est faux.

« Et après, quoi ? elle demande.
- Je ne sais pas, il admet. »

Il n'a rien préparé. Une existence consacrée à la fuite, il est encore obsédé par la nécessité de se défendre. Maintenant qu'elle ne l'y contraint plus, il patauge dans son propre plan. Au temple, il s'attendait à ce qu'elle lui jette une armada de Vestes Jaunes aux trousses. Au dîner, il s'attendait à ce qu'elle s'enfuit avec la vile complicité d'Haïm. Encore maintenant, il s'attend à la voir plonger par la fenêtre plutôt que de tolérer les babillages d'un vaurien affranchi. Tout bien considéré, Donna Messara fait preuve d'une compréhension qui frise la miséricorde. « J'ai eu une belle vie et, plaise aux Douze, elle va se poursuivre. » Une pénombre fugace est chassée de son crâne. « Je ne pensais pas te revoir, dit-il lentement. Je ne pensais pas revoir Camorr. » Avait-il seulement envie de l'un sinon de l'autre ? Tout Camorr lui déplait. Quant à Tovia, il n'a rien décidé. « Je t'aurais laissé croire que j'étais mort... » Si son frère n'avait pas envoyé Emilio, Assad n'aurait jamais inventé le projet insensé de regagner sa cité natale. Si Emilio ne l'avait convaincu de venir glaner sa part de l'héritage paternel, Assad n'aurait jamais pointé Camorr autrement qu'à l'index, sur une carte et parmi les destinations à ne pas rejoindre. Si Haïm ne l'avait entretenu de son titre, Assad n'aurait jamais envisagé de s'attarder. Et il est là, comme de préparer un retour, comme d'aplanir le passé pour s'aménager un avenir. C'est faux. « Mais je suis vivant. Et puisque la rumeur te serait parvenue, je devais solder mes comptes avec toi. » Dans sa besace de manant, il a un millier de fausses excuses. De bien trouvées. De tout juste acceptables. Néanmoins, Assad n'est pas désolé, aussi n'en prononce-t-il aucune. S'il est parti – il vient de le dire, il le fallait. S'il est revenu, il se figure que l'amitié entre Haïm et Tovia instruit cette dernière de la profonde raison qu'il ignorait avant d'accoster. Sait-elle qu'Haïm veut dépouiller Charif du titre de Don Messara ? Le veut-elle également ? Ce serait absurde et, pourtant, son frère semble le croire – sinon, pourquoi les mettre en présence l'un de l'autre, à quelle fin prendre ce risque ? Cette machination connait des envergures que le prodigieux ne peut envisager ; bien sûr, puisqu'il n'a plus de camorrien qu'une lointaine naissance. « Je ne veux pas qu'on soit ennemis, décrète-t-il après un moment de silence religieux. J'aurai assez de ton époux, et d'Haïm qui, après ce soir, ne me pardonnera jamais... En vérité, il hésite sans plus pouvoir la scruter, je veux bien tout Camorr pour ennemi si toi seule renonces à me haïr. »
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Message(#) Sujet: Re: Ne pleure pas, toi que j'aimais : ce qui n'est plus ne fut jamais. Sam 6 Aoû - 16:15

Il ne sait pas. Ça lui tire un sourire désabusé. Il est là, dans toute l’honnêteté qu’elle n’aurait jamais attendue de lui, à lui dire qu’en réalité il ne sait pas.  Assad se laisse porter par le vent, l’opportuniste. Et vient avec cet aveu celui de son intention –précédent sa venue ici- de lui laisser croire qu’il était mort. De continuer à l’oublier comme si jamais elle n’eut existé. L’admettre est un choix bien peu avisé ; mais y il n’y a rien de ce que l’aîné Messara puisse dire qui lui conviendra, à moins d’un mensonge. Elle voulait la vérité, et c’est ce qu’elle obtient, quand bien même elle ne soit pas prête à l’entendre. C’est froid, cette sensation entre ses côtes. Celle qui la prend à la gorge, qui fait raidir son dos et froncer légèrement les sourcils.

Tovia se redresse et marche jusqu’à la fenêtre. La cime des arbres se découpe sur le ciel, du noir au bleu. Ça et là, des globes alchimiques teintent les fenêtres de lueurs allant du jaune à l’orangé, en éclats de lumière sur les façades lointaines des demeures –et, plus haut, des Cinq Tours. Qui aurait cru qu’Assad Messara se tiendrait de nouveau derrière l’une d’elles ? « Quelle délicate attention » lui adresse-t-elle sans se retourner. Solder ses comptes. Ou plutôt, s’assurer qu’elle ne décide pas de lui mettre des bâtons dans les roues. Le silence s’étire, et se serait perpétué s’il ne l’avait pas brisé de nouveau. Tovia n’a pas envie d’écouter.  Elle le fait, pourtant ; chaque mot lui parvient avec clarté, s’impose à son esprit comme s’il y était directement déposé par quelque magie. « Tu ne mérites rien de ce que tu es venu chercher ici. » Elle se détourne un instant de la fenêtre pour le toiser avec quelque chose qui s’approche de l’agacement. « Tu crois que tu peux juste arriver ici, réclamer cet héritage que tu as joyeusement abandonné avec tout le reste ? Tu as tiré une croix dessus lorsque tu es parti. Si ça ne dépendait que de moi, tu pourrais très bien retourner d’où tu es venu. » La distance entre eux se réduit de nouveau, alors qu’elle s’avance pour mieux le voir, ce traître, qui retourne sa veste sans plus de considérations que celles de son propre avantage. « Ce que tu veux m’importe peu. » Elle ne renoncera à rien, surtout si c’est lui qui le demande. Qu’il aille donc se mettre à dos tout Camorr ! « Nous sommes alliés par la force des choses. C'est tout. » Il lui faudra du temps, assurément, pour envisager de le pardonner, et d'abandonner toute idée de revanche. Cela dit, ils ont un objectif commun et c’est assez pour qu’elle enterre la hache de guerre pour quelques instants. « Haïm te pardonnera. Il a trop besoin de toi pour te tenir rancœur. Mais tu devras apprendre à te tenir. » Le sourire se fait suffisant. Ça l’amuse d’imaginer Assad empêtré dans les conventions sociales, comme dans une toile d’araignée dont il ne saurait se défaire. C’est que Charif est bien établi, et populaire. Le peu de manières de l’héritier légitime ne jouera très certainement pas en sa faveur, si vraiment il souhaite récupérer son titre. « Je te l’ai dit : il est de bon conseil. » S’il y a bien quelqu’un qui pourrait renverser son époux, c’est bien Haïm. Il y serait probablement parvenu éventuellement, d’une manière ou d’une autre –mais c’est le temps qui manque, puisque la fortune des Messara se fond tranquillement à celle de Beatriz Feluccia. « Quant à moi, je t’aiderai… tant que ça ne me nuit pas. » Sa position était déjà périlleuse, et l’arrivée d’Assad dans l’équation n’arrange rien. Si Haïm n’a rien à perdre, Tovia ne peut pas se targuer du même avantage.

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Message(#) Sujet: Re: Ne pleure pas, toi que j'aimais : ce qui n'est plus ne fut jamais. Jeu 19 Jan - 1:05

« Tu ne mérites rien de ce que tu es venu chercher ici.
- Tu crois que je ne le sais pas ? »

La voix d’Assad est diminuée, comme d’être mortellement blessée – depuis les fonds, elle se débat. Il braque ses billes sur elle, pendant qu’elle ne le regarde pas. Cette femme est froide, par les Douze, et foutrement impitoyable. Si elle en a le droit (et plutôt tous les droits qu’un seul), il ne peut s’empêcher d’être affecté, et de le montrer. À ce jeu-là, il n’est pas doué. Mentir, c’est bon pour les cartes, un godet de mauvais vin alchimique ou quelques cuivres raflés à un parfait imbécile. Lorsqu’il s’agit de ses sentiments, et pire encore de son passé enseveli et excavé, Assad est plus sensible ; de se souvenir qu’ils ont été proches, proches comme des amis, proches comme des amants, il est plus froissé qu’il ne saurait le dire. C’est inutile, du reste, parce qu’elle aurait tôt fait de balayer son trouble d’un revers de la main. S’ils se sont connus jadis, ils ne sont pas près de s’apprivoiser encore. Parce qu’elle est demeurée pendant qu’il est parti ; Tovia épousait sa naissance pendant qu’Assad trompait la sienne avec sa vraie nature. Et ils ont l’air plutôt heureux de leur sort. Ou du moins l’étaient-ils jusqu’à se retrouver. Car le prodigieux se compte de moins en moins de raison de rester, conformément aux vœux d’Haïm. Il ne sait pas vraiment ce qu’il espérait en venant à Camorr, en invitant Tovia à dîner et en lui proposant la vérité. De toute évidence, il n’y avait tout bonnement pas songé.

Quand il pense qu’elle ne fera que le rabrouer, et décliner sa très naïve et très abjecte proposition, quand il pense en finir et que ses pupilles déclinent vers le carrelage, Assad lève un regard intrigué – très différent de toutes les sensations qu’il a endurées depuis la fin d’après-midi. Lorsqu’elle s’est approchée, il a reculé, et il est tout près d’aller dégager la porte pour les libérer et le faire respirer. Puis il l’entend avouer qu’ils sont alliés. Jusque-là, il ignorait qu’elle était de la conspiration, et elle n’a pas l’air de trouver dangereux, ou surprenant, de se dévoiler avec tant de dégagement. « Pourquoi ? » C’est la seule question qui vaille, c’est donc la question qu’il pose. Assad se fiche de l’avis qu’elle se fait du plus jeune de ses frères, et de s’il pardonnera ou non l’outrage (encore que, vue la tournure des évènements, il n’est pas sûr que l’entretien vaille la contrariété de son cadet). Ses pupilles, soudain dilatées, persécutent Tovia, et à la fois ce qu’elle dit et ce qu’elle ne dit pas. Depuis le peu qu’il sait, Assad comprend l’intérêt d’Haïm à agir contre leur frère ennemi. Il tient beaucoup trop à l’Aghia Triada pour la laisser anéantir. Là-dessus, au moins, s’est-il montré limpide : il est disposé à disperser la totalité de la fortune familiale si cela peut sauver le domaine (et, en vérité, la fortune familiale n’est déjà plus). L’avantage de Tovia est, en revanche, plus trouble. Pourquoi trahir Charif ? Et le ferait-elle vraiment ? Cette épouvantable soirée a prouvé qu’elle et Haïm étaient trop bons amis pour se tromper. S’ils sont amants, comme la pensée l’a déjà traversé, cela fait encore plus sens. Néanmoins, Assad n’en sait rien. Et pourquoi épouser Charif pour se retourner contre lui ? Il ne sait pas quel homme est devenu le premier de ses cadets. Il ne sait pas non plus quelle femme est devenue celle qui devait devenir la sienne. Et Tovia est habile, manifestement l’exemple parfait d’une aristocrate camorrienne. Quand il prend pleinement conscience, le pirate, plus encore que l’homme, sait qu’il ne peut rien croire de ce qui coule de cette bouche.

Si toutes les femmes sont traîtresses, les camorriennes sont pires encore.
Et si le proverbe n’existe pas, Assad veut bien le consacrer.
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Ne pleure pas, toi que j'aimais : ce qui n'est plus ne fut jamais.
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