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[Récit] La balle-aux-mains
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Message(#) Sujet: [Récit] La balle-aux-mains Mer 23 Mar - 13:05


La balle-aux-mains



La présente annexe est reproduite depuis l'interlude "L'histoire des vieux joueurs de balle-aux-mains", des Salauds Gentilshommes : les mensonges de Locke Lamora.



La balle-aux-mains est un passe-temps thérin, aussi adulé par les gens des villes-États du Sud qu'il est méprisé par les Vadrans dans leur royaume du Nord (bien que les Vadrans du Sud semblent assez l'apprécier). Les érudits accordent peu de foi à l'idée selon laquelle ce jeu trouverait son origine aux heures du Trône Thérin, prétendant que l'empereur dément Sartirana avait pour habitude de se distraire en faisant rouler les têtes tranchées des victimes qu'il avait exécutées. Toutefois, ils ne la rejettent pas en bloc, car il est rarement sage de sous-estimer les excès du Trône Thérin sans la plus incontestable preuve.
La balle-aux-mains est un sport frustre pour classes frustes, qui se dispute entre deux équipes sur toute surface raisonnablement plane. La balle elle-même est une masse de latex végétal et de cuir d'environ quinze centimètres de diamètre. Le terrain fait entre vingt et trente mètres de long, des lignes droites étant tracées (généralement à la craie) à ses deux extrémités. Chaque équipe tente de faire passer la balle derrière la ligne de but de l'autre. La balle doit être tenue à deux mains pendant que le joueur court, marche ou plonge sur la ligne de but.
La balle est libre d'être passée de joueur en joueur, mais on ne doit pas la toucher avec une partie du corps située au-dessous de la taille et on ne doit pas lui permettre de toucher le sol, auquel cas elle reviendrait à l'équipe adverse. Un arbitre neutre, baptisé "Juge", essaie d'appliquer ces règles de tout match, avec des degrés divers de réussite.
Les matchs se disputent parfois entre deux équipes représentant des quartiers ou des îles entières de Camorr, et les beuveries, les paris et les bagarres qui entourent ces évènements débutent toujours plusieurs jours avant et prennent fin lorsque la rencontre n'est plus qu'un souvenir. En vérité, les matchs sont fréquemment un îlot de calme relatif et de bonne volonté au milieu d'une mer de chaos.

On raconte qu'autrefois, pendant le règne du premier duc Andrakana, une rencontre fut arrangée entre le Chaudron et Prendfeu. Un jeune pêcheur, Markos, était considéré comme le meilleur joueur de balle-aux-mains du Chaudron, tandis que son meilleur ami, Gervain, était réputé comme étant le Juge le plus compétent et le plus juste de la ville. Naturellement, l'arbitrage de cette rencontre fut confié à Gervain.
Le match eut lieu dans l'un des parcs publics abandonnés du quartier de Pleutcendres. Mille spectateurs hurlants et à peine sobres s'entassaient de chaque côté des maisons en ruine et des ruelles qui entouraient l'espace vert. Ce fut une confrontation acharnée, très serrée tout le temps. A la toute fin, le Chaudron était distancé d'un point et les derniers grains s'écoulaient dans le sablier qui chronométrait la partie.
Markos, hurlant comme un possédé prit la balle en main et se fraya violemment un chemin dans une ligne entière de défenseur de Prendfeu. Avec un oeil au beurre noir, les mains rougies et du sang coulant de ses coudes et de ses genoux, il se jeta désespérément sur la ligne de but comme la toute dernière seconde de la rencontre touchait à sa fin.
Markos était étendu sur les pierres, bras tendus, et la balle touchait la ligne sans véritablement la dépasser. Gervain dispersa les joueurs qui s'étaient agglutinés là, regarda Markos quelques secondes, avant de dire :
- Elle n'a pas franchi la ligne. Pas de point.
Il fut impossible de distinguer l'émeute et les festivités qui s'ensuivirent. D'aucuns affirment que les Vestes Jaunes tuèrent une dizaine d'hommes en les réprimant, d'autres disent qu'il y eut plutôt une centaine de morts. Au moins trois des capas de la ville périrent dans la guerre qui éclata au sujet de paris renoncés, et Markos jura de ne plus jamais adresser la parole à Gervain. Ils avaient pêché sur le même bateau depuis l'enfance. A présent, le Chaudron dans son ensemble prévenait les membres de la famille de Gervain que leurs vies vaudraient moins qu'une peau de saucisse si l'un d'entre eux remettait une fois le pied dans leur quartier.
Vingt ans passèrent, trente, trente-cinq. Le vieux Andrakana mourut, et le premier duc Nicovante prit son essor dans la ville. Pendant tout ce temps, Markos et Gervain ne se revirent plus. Gervain voyagea dans Jeresh pendant plusieurs années, où il ramait sur des galères et chassait les mantes pour gagner sa vie. Finalement, nostalgique, il paya sa traversée de retour vers Camorr. Sur le quai, il fut sidéré de voir un homme descendre d'un petit bateau de pêche, un homme usé, gris et barbu tout comme lui, mais qui n'était certainement personne d'autre que son vieil ami Markos.
- Markos ! s'écria-t-il. Markos, du Chaudron ! Markos ! Les dieux sont miséricordieux ! Tu te souviens sûrement de moi ?
Markos se retourna et regarda le voyageur qui se tenait devant lui. Puis, sans prévenir, il tira un long couteau de pêcheur de sa ceinture et l'enfonça jusqu'à la garde dans l'estomac de Gervain. Comme Gervain le dévisageait, sous le choc, Markos le poussa sur le côté, et l'ancien Juge de balle-aux-mains sombra dans les eaux de la baie de Camorr, pour ne plus jamais refaire surface.
- Elle a pas franchi la ligne, mon cul ! cracha Markos.

Les Verrariens, les Karthaniens et les Lashaniens hochent la tête d'un air entendu lorsqu'ils entendent cette histoire. Ils l'estiment apocryphe, mais elle confirme quelque chose dont ils sont conscients dans leurs coeurs : que les Camorriens sont de foutus cinglés.
Les Camorriens, en revanche, la considèrent comme un avertissement important : ne pas  tergiverser avec la vengeance ou, si on ne peut obtenir satisfaction immédiatement, considérer les mérites d'une mémoire à rallonge.  




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